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Les journalistes confirment chaque jour l’accélération du changement climatique et son impact sur notre alimentation, alors que la communauté scientifique persiste à minimiser l’ampleur de la menace avec pour conséquence l’inaction des politiques

Les records de chaleur se succèdent d’une manière devenue tristement banale avec le mois de juillet le plus chaud à l’échelle planétaire cet été, confirmant l’emballement du réchauffement. La multiplication des manifestations du dérèglement est perceptible aux yeux d’un lecteur au fait de l’actualité, qu’il s’agisse cet été de la canicule inédite qui frappait l’ouest nord-américain, des inondations survenues dans plusieurs pays d’Europe ou encore des perturbations actuelles du régime des moussons en Asie. Ces dernières réduisent à néant la récolte des ressortissants de la zone tandis que celle des fermiers nord-américains fut anéantie par la canicule, revalorisant du même coup le marché des céréales au profit des agriculteurs européens. En bref, les difficultés des terres agricoles à nourrir les peuples se multiplient à mesure que le dérèglement s’amplifie, tandis que les forêts du monde entier s’embrasent toujours davantage.

Pourtant, le GIEC persiste à minimiser l’ampleur de la menace puisqu’il n’hésite pas à conclure dans son dernier rapport, qu’une augmentation de la température moyenne planétaire de seulement 1,5°C est toujours possible, même si ce seuil serait atteint beaucoup plus tôt que prévu. La litanie rassurante du réchauffement occulte la menace du dérèglement. Même pas mal. Face à l’ampleur de la menace, cette prise de position du GIEC me semble irresponsable sachant que l’action des politiques est pour l’instant loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Peut-être parce qu’ils sont distraits tout comme les populations, par les préoccupations immédiates liées au Covid. Alors qu’une action urgente est requise compte tenu de l’aggravation accélérée de la situation climatique et du temps nécessaire à la mise en œuvre des solutions. Je pense que l’une des raisons de l’inconséquence de la communauté scientifique tient au fait qu’aveugle aux liens entre le dérèglement et l’agriculture, elle n’a pas encore pris la mesure de la gravité des conséquences de l’un sur l’autre.

Combien de temps faut-il encore attendre avant que le GIEC change de grille d’analyse du changement climatique ?


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Tandis que l’horticulture séduira les investisseurs privés, les grandes cultures feront l’objet d’un retour en force de la collectivisation

While horticulture is attractive for private equity, return to collectivization will be the trend for field crops

Je découvre au fil de l’actualité que la réalité rattrape les hypothèses que j’avais soulevées il y a deux ans. Ce printemps, une série d’anomalies météorologiques confirme de facto que le dérèglement climatique douche les espoirs de récolte de nombreux agriculteurs. Ceux des viticulteurs et des producteurs de fruits à noyaux ont été mis à mal par la douceur et le gel qui se font suite de manière désordonnée, sous l’effet de la perturbation d’un courant aérien planétaire (le jet-stream). Je suppose qu’elle était provoquée par l’écart de température croissant entre notre latitude et celle des pôles dont la fonte s’accélère de façon vertigineuse. Au-delà de ce phénomène, j’imagine que le dérèglement sera aggravé par la perturbation des courants marins probablement retardée par l’inertie thermique des masses d’eau. Quant on sait que c’est du gulf-stream que dépend notre climat tempéré, on peut s’attendre à une remise en cause des conditions climatiques en France. Les media nous apprennent que le GIEC s’apprête à publier cet été son nouveau rapport qui revoit à la hausse l’impact du changement climatique désormais qualifié de cataclysmique. Ils confirment ainsi les réserves que j’avais soulevées quant à la valeur très relative des pronostics de la communauté scientifique. Dans les post du 23 octobre 2019 et du 17 janvier de cette année, j’échafaudais quelques hypothèses sur les causes de son impuissance à se prononcer sur la question du dérèglement.

Face à la réalité du changement climatique, l’agriculture persiste à se cristalliser sur des solutions qui me semblent insuffisantes. Agroécologie et décalage des cultures dans le calendrier ou dans l’espace répondent timidement à l’enjeu du réchauffement mais ne sont pas à la hauteur de celui du dérèglement qui est sans aucun doute amené à s’amplifier partout. La sélection d’espèces ou variétés tolérantes aux manifestations extrêmes du climat est plus adaptée mais loin d’être proportionnée à l’ampleur du phénomène.

La solution d’une « mise sous cloche » de l’agriculture me parait incontournable pour pouvoir faire face à la détérioration des conditions météorologiques. En d’autres termes, la culture sous serre est promise à un avenir radieux car elle permet de s’affranchir des perturbations du climat extérieur avec en outre l’avantage de rendre possible la maîtrise des consommations intermédiaires en eau et en engrais tout en limitant l’usage des pesticides.

Ce recours est envisageable pour les cultures vivrières mais il n’est malheureusement pas réaliste pour les grandes cultures qui constituent notre alimentation de base. Car le rendement de ces dernières dépend directement de l’activité photosynthétique et partant de là, de la surface d’interception de la lumière par le couvert végétal dont l’emprise au sol est nécessairement considérable. Par conséquent, le coût financier tout comme l’emprunte carbone de serres qui seraient destinées à abriter des céréales, oléagineux ou protéagineux, est rédhibitoire. Au contraire du maraichage sous serre, l’agriculture de plein champ est donc loin d’être une activité parfaitement maîtrisée puisqu’elle dépend à la fois des conditions édaphiques et encore plus des conditions météorologiques. Il est donc évident que les grandes cultures subiront de plein fouet les assauts du dérèglement climatique sur fond de pénurie en énergie fossile.

Le bon sens me conduit à penser que pour ces productions, les options suivantes sont incontournables :

Retour vers une collectivisation de l’agriculture.
En France, le dérèglement induit déjà une hausse sensible du prix des denrées végétales avec pour conséquence l’inégalité d’accès à une alimentation de qualité, gage de santé pour la population. La menace imminente est celle de la pénurie qui se vérifie déjà dans certains pays davantage exposés au dérèglement. A moyen terme, l’enjeu alimentaire redonnera certainement à l’agriculture la place majeure qu’elle mérite au regard de son caractère vital. Confrontés à cette réalité, les politiques devront acheter la paix sociale en garantissant d’une part la sécurité d’approvisionnement des peuples et d’autre part en sécurisant le revenu des actifs agricoles. Car la diminution incessante du nombre d’agriculteurs qui peinent à transmettre leur exploitation ou l’augmentation du nombre de ceux qui se suicident, démontre à quel point leur activité est vulnérable. A la volatilité des marchés agricoles de plus en plus ouverts au fil des révisions successives de la PAC s’ajoute celle d’une récolte de plus en plus incertaine sous l’effet du dérèglement climatique. Cet aléa n’est pas tenable pour des acteurs privés et notamment pour les entrepreneurs individuels que sont les agriculteurs. C’est pourquoi je suis convaincu que les états reprendront la main sur l’agriculture, à rebours du mouvement de libéralisation des années écoulées depuis l’origine de la PAC. En d’autres termes, subventions et revenu garanti pour les producteurs me semblent inéluctables au même titre que la nationalisation des terres. Les productions vivrières qui sont appelées à devenir des cultures sous abri, aiguiseront au contraire l’appétit des investisseurs privés certains d’avoir la main sur le rendement et partant de là, sur le produit d’exploitation et la profitabilité des entreprises.

Réhabilitation des stocks d’intervention.
Pour faire face à l’incertitude qui pèse sur le rendement dans chaque région sous le poids du dérèglement, les parades les plus évidentes seront celles de la dispersion des zones de production (sites backup) associée à la mise en réserve de la récolte là où elle est au rendez-vous. En d’autres termes, il me semble évident que les états – éventuellement propriétaires du foncier – devront « veiller au grain » en commerçant avec d’autres états ou négociants privés, pour gérer le niveau de stocks d’intervention afin d’assurer l’autosuffisance des populations sur le long terme. A n’en pas douter, cet outil de régulation du marché des grandes cultures reprendra des couleurs.

Renversement de priorité pour les agronomes.
Dans le contexte d’une précarité agronomique, il parait logique que l’objectif du rendement maximum cède le pas à celui de la sécurisation de la récolte. Car elle est antagoniste avec la course à la productivité qui se fait non seulement au détriment des externalités négatives de l’agriculture dont le producteur n’est pas encore comptable, mais également au prix d’une plus grande fragilité des cultures et leur environnement. Entre le choix d’une récolte la plus abondante possible et celui d’une possibilité de récolte, le dérèglement nous imposera sans aucun doute le dernier.

Autres matières premières végétales et décentralisation de la production
Au pied du mur du dérèglement, je suppose que l’humanité devra se tourner vers des matières premières alimentaires produites d’une part à l’abri des caprices de la météo et d’autre part, déployées dans les trois dimensions pour minimiser leur emprise au sol. Ce sont les algues qui me semblent être les plus adaptées à ce cahier des charges. En suspension dans un milieu liquide qui présente l’avantage d’amortir les fluctuations de température de l’atmosphère, elles sont réparties sur un axe vertical pour maximiser la surface d’interception de la lumière naturelle et partant de là, sécuriser la récolte d’assimilats. Associées à ces espèces autotrophes, d’autres organismes auraient à charge de convertir ces assimilats en protéines et lipides afin de couvrir la totalité de nos besoins alimentaires. Sur un mode comparable à celui de la production d’énergie dans l’avenir, des « smartgrid agricoles » à base d’algues seraient sans doute un futur possible pour viser l’autosuffisance alimentaire à l’échelle individuelle. Je doute personnellement des élevages d’insectes et autres avatars dans la mesure où ces options supposent de produire des matières premières végétales en amont et ne font de la sorte que déplacer le problème.


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Pour le secteur de l’horticulture, le temps est venu de s’inviter au grand bal du numérique

En dépit du caractère indispensable du numérique pour l’agriculture, c’est seulement aujourd’hui que la fée high tech se penche sur le berceau de l’horticulture après avoir jeté son dévolu sur d’autres secteurs d’activité plus rentables et plus faciles à appréhender tels que l’automobile, la chimie ou l’énergie.

La preuve en est que le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) avait investi depuis longtemps les secteurs précédents lorsqu’il ouvrait il y a cinq ans seulement à Grenoble, un poste destiné à la valorisation de son portefeuille de « briques technologiques » dans l’agriculture. J’observe d’autre part que sur le marché de niche de l’horticulture, la grande majorité des technologies proposées par les acteurs du numérique sont datées par rapport à l’état de l’art sur le marché de la grande consommation. En outre, les solutions commercialisées par la grande majorité de ces fournisseurs, sont généralement détournées de leur usage initialement prévu pour les besoins du bâtiment ou d’autres secteurs d’activité, avec une adéquation seulement partielle au besoin. Dans l’horticulture, les conditions d’utilisation drastiques tout comme une grande exigence technique, justifient pourtant le développement de solutions spécifiques. Dans le domaine de la régulation du climat sous serre par exemple, les équipements standard du bâtiment se heurtent à leurs limites dès lors qu’il s’agit de viser de façon précise et stable les nombreuses consignes demandées par le producteur (température, hygrométrie, lumière, taux de CO2, acidité et concentration en éléments nutritifs de l’irrigation). Cette performance est d’autant plus difficile à réaliser que l’enveloppe perméable et transparente de la serre impose l’influence du climat extérieur sur l’intérieur de l’enceinte où s’exerce en outre celle de l’activité transpiratoire du végétal.

Mise à part le manque de richesse de la filière agricole et l’étroitesse de ses débouchés, son retard en matière de technologie est probablement lié au fait que le vivant se prête difficilement à la standardisation ainsi qu’à la défiance d’une majorité de consommateurs et de (certains) agriculteurs vis-à-vis de la technologie qu’ils opposent à des processus agricoles supposés être naturels, ce qui est depuis toujours loin d’être le cas. En sanctionnant l’horticulture intensive par l’achat de produits issus de l’agriculture biologique ou raisonnée, la société civile incrimine les high-techs pour leur part de responsabilité dans l’industrialisation d’une agriculture fantasmée comme devant être nécessairement traditionnelle. La technologie est rendue implicitement coupable d’une régression dans notre rapport à l’environnement du fait des économies d’échelle qui vont de pair avec la standardisation tandis qu’au niveau social, le retrait de l’intervention humaine au profit de l’automatisation et de la robotique, la rend suspecte de taylorisme.

Je pense personnellement que face à l’urgence imposée par le dérèglement climatique et compte tenu de la nécessité de préserver les ressources en eau comme en énergie fossile tout en palliant la pénurie de compétences, nous avons d’autant moins le choix de nous passer des high tech que la demande en matières premières alimentaires de la part d’une population mondiale devenue pléthorique, est exponentielle. Et ce d’autant plus que le retour de la grande pauvreté conjugué à la mondialisation commerciale et financière, impose à l’horticulture une efficacité économique que la technologie rend désormais possible. De ce point de vue, les avantages du numérique l’emportent sans aucun doute sur ses inconvénients.

Nous sommes heureusement témoin d’un avènement des high tech qui dépasse de loin par son ampleur, le précédent des années deux mille. L’émergence très récente des internet des objets, big data, deep-learning, Intelligence Artificielle et autres technologies nouvelles qui bénéficient de l’expansion du cloud, exerce un effet de levier puissant sur l’innovation qui est à même d’étendre considérablement le champ des possibles dans l’horticulture. Cet avènement permettra sans aucun doute aux exploitations horticoles plus complexes et pour certaines de plus en plus grandes, d’accéder aux outils standards de l’industrie tels que les ERP et autres moyens destinés au contrôle de gestion ou à la traçabilité des process entre autres exemples. En vertu de l’adage selon lequel l’organe crée la fonction, il me semble clair que l’horticulture s’emparera des moyens précédents dès lors qu’ils seront rendus disponibles par les industriels du numérique. Je pense par conséquent que la question n’est plus de savoir si les technologies précédentes seront adoptées par les producteurs, mais quand elles le seront.

La réponse à cette question dépend du rythme d’adoption des innovations technologiques par ces derniers. Le recours aux high-tech étant conditionné par l’acquisition de compétences ad’hoc et par une capacité d’investissement sans commune mesure avec celle d’une majorité d’agriculteurs, ce rythme sera logiquement déterminée par celui auquel ils seront remplacés par des industriels. Gageons qu’avec une population agricole vieillissante – la moitié est âgée de plus de 55 ans – et la concurrence croissante qui s’exerce sur les marché agricoles, la substitution devrait s’opérer sur les 15 prochaines années. Je pense qu’avec le changement climatique et les difficultés croissantes pour produire notre alimentation, cette dernière devrait reprendre de la valeur et aiguiser les appétits d’investisseurs ou d’enseignes de la GMS qui auront besoin de sécuriser leur approvisionnement.

Au delà de cette mutation de l’agriculture, la vitesse à laquelle elle s’emparera des high-tech dépendra en premier lieu de l’effort de recherche des fournisseurs de technologie qui devient plus que jamais la première condition nécessaire à leur survie. Cette condition est sans aucun doute le nerf de la guerre dans le secteur des high tech où le fait de ne pas être en avance revient à être en retard. Aujourd’hui, l’abondance de l’offre en technologies nouvelles agit comme un facteur d’accroissement des inégalités entre les acteurs du numérique. Le fossé se creuse entre ceux qui sont à même d’en tirer parti et ceux qui sont voués à décrocher dans un secteur qui négocie actuellement son virage vers la maturité.

De fait, nous assistons au retrait progressif des pionniers que sont petites entreprises familiales qui avaient misé sur leur marché domestique mais qui n’ont plus les moyens de financer leur recherche du fait d’un parc de clientèle trop étroit. Disqualifiées par l’obsolescence de leur gamme, ces entreprises handicapées par leur petite taille n’ont guère d’autre choix que celui de disparaître ou de se cantonner au segment low-tech ciblé à juste titre sur l’agriculture extensive.

Quant aux entreprises de taille intermédiaire qui avaient parié sur le marché mondial en faisant le choix d’une stratégie fondée sur un investissement massif dans la vente et le marketing, elles découvriront à leur insu qu’elles auront fait fausse route. Nous sommes manifestement à un tournant qui impose l’évidence d’une voie unique aux acteurs du numérique en horticulture : celle de l’innovation. Il me semble évident que les entreprises qui ont un avenir sont celles qui orientent leurs ressources vers la R&D. Le retour sur investissement de cette dernière étant lointain, je pense que les sociétés qui sont aux mains d’un actionnariat dilué – du type fonds de pension par exemple – généralement avide de profits à court terme, sont voués à l’échec au profit des entreprises à capitaux privés.

Plus globalement, je pense que la tendance s’inscrit dans un changement de paradigme de l’économie de marché. Au sortir de la guerre, l’urgence de la reconstruction avait donné le pouvoir dans les entreprises, aux acteurs de la production. Au long des trente glorieuses, il passait aux mains des cadres du marketing et de la vente, sommés d’écouler les volumes excédentaire produits par les précédents. A l’ère de la connaissance et partant de là du numérique, c’est aux ingénieurs et techniciens qu’il incombe désormais de relever les nouveaux défis évoqués dans cet article.


Le numérique sera l’un des piliers d’une seconde révolution verte que le dérèglement climatique et les forces de la mondialisation rendent inéluctable.

Digital will be one of the pillars of a second green revolution that climate change as well as the globalization make inevitable.

Si j’ai choisi de me reconvertir il y a cinq ans dans le secteur des high tech appliquées à l’horticulture, c’est parce que j’ai pensé qu’au sortir de l’ère des hydrocarbures qui furent pour un temps le principal gisement d’innovation dans l’agriculture – et partant de là le moteur de la première révolution agricole – les voies d’avenir seraient désormais celles de l’écologie, des biotechnologies et du numérique qui prendraient désormais le pas sur la mécanisation et la chimie.

Pour avoir été acteur de l’agrochimie qui fait face au déclin de l’innovation tandis qu’émerge de façon toujours plus aiguë la question de son impact sur l’environnement et la santé, j’avais fait l’expérience en tant qu’ingénieur agronome, d’une dévalorisation progressive du savoir technique – externalisé vers la distribution agricole ou de certains prestataires spécialisés – au profit de la vente. C’est ce qui m’a poussé à me tourner vers d’autres horizons.

Résolu à faire le meilleur emploi possible de mon bagage en agronomie, j’écartais d’emblée les débouchés embryonnaires de l’agroécologie qui n’avaient que faire de l’économie de marché et partant de là, de mon savoir-faire de développeur. Et ce d’autant plus que j’émets quelques réserves quant à la viabilité d’écosystèmes induits par l’homme dans les conditions précaires d’un climat dorénavant perturbé (cf. articles précédents).

J’hésitais à me tourner vers les biotechnologies incarnées par le secteur semencier car il était clair pour moi qu’enraciné dans une tradition agricole liée à sa vocation historique de producteur de graines, il serait absorbé par les firmes phytosanitaires qui sont ancrées dans la réalité des multinationales de l’industrie. Pour avoir été convié au grand bal des fusions-acquisitions lorsque j’œuvrais dans l’agrochimie, je redoutais à juste titre la mainmise de cette dernière sur les semences où j’ai par ailleurs fait un passage éphémère par la suite.

Après avoir servi pendant de nombreuses années l’industrie des intrants – agrochimie et semences – j’ai donc fait le choix il y a cinq ans, de me reconvertir dans celle des high tech. Ce secteur me semblait répondre aux principaux défis posés à l’agriculture, à commencer par celui du dérèglement climatique. La culture sous serre étant le moyen le plus évident de s’affranchir de cette menace, je voyais dans les nombreuses applications du numérique en milieu clos et par conséquent contrôlé, le moyen de valoriser l’expertise et le réseau que j’avais développé depuis quinze ans dans le maraîchage et l’horticulture ornementale. C’est pourquoi je fais aujourd’hui partie des acteurs de la révolution digitale sur le marché de niche de l’horticulture.

Devenu indispensable à l’horticulteur pour pallier la distribution inadaptée des ressources naturelles requises par la culture, le numérique s’impose également comme un outil de première nécessité pour l’assister dans la prise de décision opérationnelle et stratégique.

Car le potentiel d’application des high tech sous les serres est vaste, de la gestion d’informations utiles à la prise de décision jusqu’à la régulation des process. Cette dernière vise principalement à pallier la distribution inadaptée des facteurs de production spécifiques aux productions végétales, afin d’obtenir les conditions de développement requises par la plante. La mission principale de l’ordinateur de process dont le rôle est de réguler le climat et l’irrigation, est de fait de contrôler les équipements de plus en plus nombreux qui permettent d’améliorer la répartition dans le temps et dans l’espace, des différentes ressources nécessaires au développement de la culture et ce aux niveaux racinaire et aérien.

Au niveau du système racinaire, l’ordinateur contrôle un dispositif complexe de stations de dosage des engrais prolongées par des silos de stockage, pompes et vannes d’irrigation qui ajustent la disponibilité en eau et éléments nutritifs au besoin de chaque plante qui reçoit généralement au goutte à goutte, la juste quantité requise à chaque instant.
Au niveau de la maîtrise du climat de la serre, l’enjeu est de coordonner l’action de moteurs d’ouvrants de toiture ou d’écrans – qui font office de vannes destinées à gérer les échanges de chaleur et de froid, d’humidité ou de lumière entre l’intérieur et l’extérieur de la serre. L’ordinateur contrôle également des chaudières ou cogénérations (moteurs thermiques qui actionnent une turbine destinée à convertir en électricité l’énergie tirée du gaz) prolongées par un circuit de chauffage qui peut être assorti d’un stockage d’eau chaude dans des cuves tampon, des échangeurs thermiques destinés à des transferts de phase etc.

La dynamique de l’innovation dans la maîtrise des conditions de culture sous serre, se traduit par l’inflation du nombre des équipements que l’ordinateur de process se doit de contrôler. Le concept ultime de serre fermée – adaptation de celui d’air conditionné à la serre – comporte un dispositif de « traitement d’air » sophistiqué qui rend possible le découplage de l’ambiance de la serre avec les conditions extérieures, aussi drastiques soient elles.

Alors qu’en serre classique « ouverte » on est condamné à subir l’hygrométrie parce qu’on fait le choix de contrôler la température dans la mesure où elle reste le premier facteur limitant de la croissance du végétal, la serre fermée donne la main sur la totalité des paramètres d’ambiance. Elle a jusqu’ici convaincu les maraîchers actifs sous les climats marqués soit par des étés torrides et sec qui sont préjudiciables au développement de la plante, soit par des arrières saisons trop humides qui font surgir le spectre de la maladie. Gageons qu’en dehors de ces circonstances extrêmes que le dérèglement climatique pourrait néanmoins banaliser, la serre fermée sera reconnue pour sa principale vertu qui est en définitive de permettre le contrôle total de l’ambiance de la serre dans les conditions d’une météorologie ordinaire ; Qui peut le plus peut le moins. A cet égard, je pense que la serre fermée a de beaux jours devant elle dans la mesure où la pression croissante de la concurrence sur les marges de l’exploitation, pousse le producteur à la performance agronomique et partant de là, lui impose une maîtrise totale du climat d’ambiance. A terme, l’accentuation du dérèglement climatique fera sans doute de la serre fermée un outil obligatoire partout.

Qu’il s’agisse du transport de flux liquides ou gazeux ou du transfert de phase, il est question dans tous les cas pour l’ordinateur de process, de tirer parti au bon moment et à l’endroit adéquat, des ressources que la nature distribue de façon de plus en plus chaotique sous l’effet du dérèglement climatique.

La finalité première de cet organe informatique est en effet de pallier les aléas d’un milieu extérieur caractérisé par un régime de précipitations aléatoire ainsi que des températures de plus en plus anachroniques. Le changement de position de simples actionneurs rend possible la mobilisation au bon endroit et au moment voulu, des ressources naturelles au profit de la culture. Ces actionneurs visent à mettre en mouvement ces différentes ressources, les stocker puis les canaliser à bon escient. De ce point de vue, l’ordinateur de process pourrait être défini comme l’instrument d’une géo ingénierie bas carbone vertueuse qui fonctionne sur un mode local et à cet égard ne prétend pas œuvrer à l’échelle géologique. Cette approche relève en l’occurrence de l’agriculture de précision qui se caractérise par une sobriété de moyens au service d’un impact maximum qui tire parti des flux naturels.

Lorsque la nature n’est plus en mesure de satisfaire les besoins de la culture en dépit des moyens précédents, le producteur doit se tourner en dernier ressort vers le marché qui lui fournit l’eau du réseau, l’énergie ou du CO2 liquide. Du fait de l’épuisement annoncé de ces ressources, l’ordinateur de process est alors invité à les mobiliser avec sobriété.

Au-delà de sa vocation à réguler les process, le numérique est un allié indispensable du producteur pour l’assister dans la prise de décision opérationnelle et stratégique.

Car l’ordinateur de process qui est à même de générer une masse de données relatives au climat et à l’irrigation, alimente de plus en plus souvent un serveur doté d’un logiciel d’analyse de l’information. Ce serveur local – en voie de délocalisation vers le cloud qui promet à l’utilisateur de s’affranchir de la contrainte spatiale – collecte par ailleurs les données qui concernent la récolte et l’activité d’une main d’œuvre en passe d’être remplacée par des robots. Le numérique devient alors un puissant levier d’optimisation du résultat dans dans différents domaines, qu’il s’agisse par exemple de la gestion des sources d’énergie ou du choix des variétés. En d’autres termes, le concept d’ERP s’invite aujourd’hui dans les exploitations qui sont sommées sous la pression exercée sur leur marge par une mondialisation débridée, de maîtriser davantage leur performance à tous les niveaux ou le cas échéant, de s’agrandir.


Face à l’impuissance prévisible des scientifiques à appréhender le réchauffement, le bon sens commun me conduit à soulever l’hypothèse à la fois simple et terrifiante d’un « reset » planétaire à laquelle je les invite à réagir.

Facing the inability of scientits to apprehend the climate change, common sense leads me to raise a both simple and frightening hypothesis to which she has so far offered no argument.

D’aucuns se réjouissent de la toute relative vague de froid qui marque ce début d’année, l’interprétant comme une atténuation de la menace du réchauffement. J’y vois personnellement une confirmation possible du dérèglement et je m’inquiète du risque de chaleurs extrêmes qui viendraient contrebalancer par un mouvement de balancier, ce décrochage momentané de la courbe de température.

Depuis l’ouverture de mon blog il y a un an et demi, je découvre enfin dans le journal Le Monde que certaines idées exposées dans ces pages sont partagées par le climatologue belge Jean Pascal van Ypersele qui craint également que « le dérèglement climatique ne rende inhabitable une part de plus en plus grande de la planète ». Néanmoins, le discours officiel dominant en matière de changement climatique ne change pas et met toujours l’accent sur le réchauffement qui relègue au second plan le dérèglement.

Ainsi, certains climatologues de renom persistent à évoquer la menace (confortable) d’une augmentation graduelle de la température à laquelle l’humanité s’accoutumerait jusqu’au seuil fatidique où la terre deviendra inhospitalière. A la faveur des parutions qui nous apprennent régulièrement qu’un nouveau record de température est battu et qui confirment le fait que la communauté scientifique avait sous-estimé l’ampleur du réchauffement, je constate que la valeur de ses pronostics est très relative. Et que les réserves que j’avais émises dans mon article du 23 octobre 2019 quant à sa compréhension du phénomène étaient pleinement justifiées. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que les experts sont très clairement dépassés par le caractère extraordinaire du changement climatique et à la réflexion, leur impuissance à l’appréhender correctement est logique pour les raisons suivantes.

Lorsque l’approche scientifique est fondée sur l’expérimentation ou l’analyse déterministe, elle se heurte à la complexité d’un phénomène global par nature multifactoriel qui s’avère insaisissable car trop complexe à reproduire ou à analyser. Les milieux autorisés objecteraient que les nombreux modèles (déterministes) existants convergent vers les mêmes prédictions d’augmentation de la température moyenne. Je rétorquerais que le fait qu’ils conduisent aux mêmes conclusions n’atteste pas de leur pertinence s’ils ont en commun d’être fondés sur des hypothèses identiques – à savoir la hiérarchie admise des nombreux mécanismes en jeu dans le changement climatique – qui s’avèrent en définitive être régulièrement remise en cause. Gageons qu’avec la découverte de nouveaux mécanismes tels qu’une dérive des courants marins ou une extinction probable de la vie dans les sols forestiers (cf. article du 26 décembre 2019), un renversement de cette hiérarchie établie de facteurs remettra sans nul doute en question leurs prédictions.
Lorsque la démarche des experts s’appuie sur l’analyse statistique, ils butent sur l’absence d’historique lié au caractère inédit et accidentel (parce d’origine qu’anthropique) d’un changement climatique extraordinairement rapide, en particulier sous l’angle du dérèglement.
Tant que les manifestations du climat infirmeront le discours de la communauté scientifique, cette dernière devrait faire sienne la devise selon laquelle ce que je sais, c’est que je ne sais rien.

Guidé par une pensée « out of the box », le raisonnement simple exposé dans ce blog repose au contraire de celui des scientifiques, sur le bon sens commun qui a (peut être) des chances d’être moins faux que leurs analyses statistiques, déterministes et expérimentales.

En ce début d’année, c’est à notre planète que je souhaite une bonne santé avec l’espoir qu’elle supporte la charge d’une humanité de plus en plus lourde à porter.

Cette approche pour le moins iconoclaste me conduit à échafauder une hypothèse terrifiante que je me hasarde toutefois à avancer, au risque d’apparaître simpliste aux yeux des spécialistes du climat :
1. Nous savons que la combustion des énergies fossiles est le moteur du changement climatique.
2. Or ces énergies fossiles sont le produit dérivé d’un règne végétal qui s’est employé au long de centaines de millions d’années, à mettre en réserve l’énergie lumineuse du soleil sous la forme de matière végétale par le biais de la photosynthèse. Cette réaction prodigieuse a permis de mobiliser la quantité colossale de CO2 disponible dans l’atmosphère, pour lui substituer l’oxygène qui a permis l’émergence de la vie sous sa forme évoluée (lumière solaire + CO2 + eau
= matière végétale + oxygène).
3. Partant de là, la combustion des énergies fossiles est la réaction inverse qui correspond basiquement à une récupération par l’homme pendant l’anthropocène de l’énergie fournie par le soleil au cours de millions d’année, en contrepartie d’un rejet massif dans l’atmosphère, du CO2 constitutif de cette matière végétale fossilisée. Au passage, une autre contrepartie de cette réaction est la séquestration de l’oxygène que nous respirons, dans la mesure où l’oxygène est nécessaire à la combustion des énergies fossiles.

4. En d’autres termes, ce serait à un « reset » planétaire que nous assistons actuellement, avec un retour de l’atmosphère à l’état qui la caractérisait avant l’émergence du règne végétal, à savoir une atmosphère chargée en CO2 mais dépourvue d’oxygène, en sachant que cet état était incompatible avec la vie.

Ce raisonnement simple pose quelques questions. Je ne comprends pas comment les scientifiques ont pu mettre en évidence une augmentation de la teneur en CO2 dans l’atmosphère sans pour autant détecter la moindre raréfaction de l’oxygène. Ce fait est-il à mettre au crédit des climatosceptiques, au même titre que le fait que l’augmentation du taux de CO2 est infime ? Estimée à 100 ppm environ, cette hausse frappe l’opinion publique qui s’attache au nombre éloquent d’une centaine tout en ignorant qu’avec le choix des ppm (Partie Par Million) comme unité, le passage de 300 à 400 ppm ne correspond de fait qu’à 0,01 % d’augmentation. Sauf à ce que les scientifiques aient pu démontrer par l’expérimentation que ce niveau d’augmentation ait un impact significatif sur l’effet de serre, j’émets des doutes sur l’hypothèse d’un réchauffement principalement causé par les émissions en CO2 liées à la combustion des énergies fossiles. Je suppose qu’il est à l’origine d’autres réactions en chaine dont le cumul est la cause principale du déséquilibre d’un climat qui s’avère somme toute fragile et précaire.

Au printemps dernier, j’ai interpellé par e-mail une quinzaine de chercheurs (INRAE, CNRS, GIEC) et personnalités (Valérie Masson Delmotte, Jean Jouzel, Cyril Dion, Aurélien Barrau, Bruno Parmentier) qui sont mobilisés sur la question climatique. Aucun de ces confrères n’ayant réagi aux hypothèses que j’ai soulevées dans ce blog, je m’interroge sur les causes de leur silence. Devoir de réserve me suggère un ami chercheur ? Malaise par rapport à ces idées ? Absence d’argument contradictoire ? Condescendance à l’égard d’un agronome étranger au monde de la recherche ? Manque de temps ?
Leur mutisme est l’une des raisons pour lesquelles les lignes ne bougent pas d’un pouce et qui font que la doxa reste cristallisée sur des solutions qui me paraissent caduques. Sceptique quant au diagnostic qui reste centré sur le réchauffement et partant de là sur des préconisations favorables à l’agriculture biologique et ses avatars ou à un simple décalage des cultures vers le nord ou en amont du calendrier de culture, j’ai prévu de mettre en ligne différents articles qui mettent en avant d’autres pistes d’adaptation.

Confrontée à un phénomène surnaturel d’ampleur géologique qui se manifeste soudainement à l’ère fugace de l’anthropocène, je doute que l’humanité puisse recourir à la fée nature pour le résoudre. Le mal étant d’origine anthropique, il appelle sans doute un remède de même essence et je doute par conséquent que nous puissions nous passer de la technologie pour surmonter la crise climatique. Je me hasarderai dans les 3 articles à suivre, à explorer certaines voies rendues possibles par les high tech. Loin des lubies de la géo-ingénierie qui revient à jeter de l’huile sur le feu, il s’agit au contraire d’un usage vertueux du progrès technique envisagé sous l’angle d’un recours à une ingénierie « bas carbone ».


En sapant les fondements de la vie, à commencer par celle des espèces qui semblent les plus robustes, le dérèglement climatique nous ramène à la base de la pyramide de Maslow

By breaking the foundations of life, to start with the species that seem to be the strongest, climate change brings us back to the base of Maslow’s pyramid

Le maillon faible de la filière agroalimentaire qui n’est qu’une chaîne alimentaire organisée par l’homme, reste celui des productions végétales. Contrairement au règne animal, le règne végétal est tributaire des conditions météorologiques imposées par le lieu où il est fixé. Incapables de se soustraire à ces conditions, il sera en tout état de cause victime de leurs manifestations aberrantes qui affecteront la plupart des fonctions vitales de la plante. C’est du moins la conclusion à laquelle conduit le bon sens commun lorsqu’on se pose la question des conséquences sur les différentes cultures, des anomalies météorologiques dont la fréquence augmente d’année en année. C’est justement l’exercice auquel je me suis livré dans cet article. Par souci de simplification, j’ai décidé de passer sous silence l’impact considérable du changement climatique sur la recrudescence de maladies et ravageurs qui aggravent d’autant plus l’état de santé du règne végétal qu’il est affaibli au préalable par les caprices de la météo. Il doit en outre faire face depuis peu, à une prolifération inédite de nouveaux ennemis introduits à la faveur des échanges commerciaux.

Fragiles et enracinées superficiellement, les espèces herbacées – qui rassemblent la majorité des végétaux cultivés – sont particulièrement exposées au dérèglement climatique. Nous savons que les tempêtes ou la grêle causent des dommages mécaniques irréversibles à ces cultures. Au delà des sécheresses qui provoquent le stress hydrique et favorisent les incendies, les accès de chaleur tels que ceux que nous aurons connu à deux reprises cet été, stérilisent littéralement nombre de plantes qui ne survivent pas plus à ces brûlures létales qu’à l’éclatement des cellules provoqué par un gel extrême. L’avènement de pluies diluviennes serait fatal je suppose, au système racinaire et la vie souterraine associée qui succomberaient par asphyxie. La répétition de telles submersions remettrait d’ailleurs en cause la culture de légumes racines.
En dehors de ces situations extraordinaires, la plupart des grandes cultures ou cultures vivrières sont particulièrement sensibles à certains événements météorologiques ordinaires lorsqu’ils surviennent de façon inopinée à certains stades critiques de leur développement. C’est le cas d’un épisode de gel ou d’une forte pluie postérieure au semis, alors que la plante n’est pas encore enracinée et ses tissus encore fragiles. Au stade de la floraison, ce même gel ou des températures supérieures à 35°C réduisent à néant la production de fruits ou de graines, ce qui donne un avantage certain aux plantes vivaces. Lors du gonflement des épis de céréales, une sécheresse conduit à l’échaudage qui se traduit par des grains vide de contenu. Je veux parler de la fenêtre de tir météorologique évoquée dans l’article précédent, qui se vérifiait depuis des millions d’années jusqu’à aujourd’hui et qui conditionne chacune des étapes du cycle reproducteur des plantes à fleur.

Si elles sont particulièrement exposées aux manifestations précédentes du dérèglement climatique, on peut penser que les plantes herbacées ont néanmoins l’avantage sur les espèces ligneuses, d’une mobilité supérieure. La brièveté de leur cycle reproducteur ainsi qu’une vitesse de croissance accéléré, leur donne plus de chances d’échapper aux caprices de la météo et de surcroît, leur permet de migrer plus rapidement vers d’autres horizons. Cela vaut particulièrement pour les annuelles qui ont l’avantage sur les bisannuelles, d’effectuer leur cycle reproducteur sur une seule année. Ce caractère furtif est également vrai pour les espèces à cycle court ou pour les plantes en C4 telles que le maïs ou le sorgho, dont le rendement photosynthétique est supérieur à celui de la majorité des végétaux. Ces espèces plus agiles sont probablement promises à un avenir moins incertain que les autres.

Impuissantes à esquiver les conditions de vie imposées par le lieu de leur implantation, les espèces ligneuses subiront par contre de plein fouet les affres du dérèglement. Les forestiers de Clermont Ferrand ont découvert à la faveur des canicules inédites récentes, que les arbres sont traumatisés par une demande en eau de la canopée telle qu’elle induit une rupture de la colonne de sève, du fait de l’impuissance des racines et des vaisseaux conducteurs à y répondre. La répétition de telles embolies affaiblirait les arbres au point de menacer leur existence. Ajoutée aux dommages causés par les sécheresses, coups de vent violents ou surcharge liée à des chutes de neige de plus en plus précoce, cette menace fera sans doute des vergers, vignobles et forêts, les premières victimes du dérèglement. Autour de chez moi, nombre de ces populations ont été partiellement détruites ces dernières années, par les accès de chaleur extrême et les épisodes neigeux d’automne, aux conséquences funestes lorsque le feuillage est encore en place. En l’occurrence, l’évolution sur quinze ans de l’état des arbres du parc Bachelard qui jouxte mon domicile à Grenoble, est éloquent. Le raisonnement précédent conduit à penser que ce sont les plus gros sujets du règne végétal – ceux qui nous paraissent les plus robustes – qui paieront le plus lourd tribut au dérèglement. De ce point de vue, je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement avec le déclin du règne animal dont l’homme s’emploie à éradiquer la mégafaune depuis l’extinction des grands paresseux, ours des cavernes ou autres mammouths durant la préhistoire, jusqu’à la situation actuelle où la faune sauvage – en voie d’extinction pour nombre d’espèces – ne représente plus que 1 % de la biomasse des animaux dits supérieurs. Il y a 65 millions d’années, ce sont les dinosaures qui avaient déjà fait les frais d’une extinction de masse.

Exposée aux intempéries, c’est la canopée des espèces botaniques placées au sommet de la chaîne végétale qui fait les frais du dérèglement, mais on peut penser que c’est leur écosystème souterrain dont on commence à peine à découvrir l’étendue et la complexité, qui trinque. Si l’appareil aérien est la partie visible à l’œil humain de la vie des arbres, c’est en effet sous terre que l’essentiel de leur existence se déroule. Il en va probablement du sol comme des fonds marins : parce qu’ils sont inaccessibles à l’homme qui n’habite qu’une infime strate de l’atmosphère, ce dernier persiste à ignorer ces pans de la biosphère qui en représentent pourtant la portion congrue. L’ouvrage de Peter Wohlleben sur la vie secrète des arbres, nous dévoile avec un anthropomorphisme propre à convoquer l’empathie, cette face cachée de la vie des espèces ligneuses auxquelles certains prêtent désormais les vertus suprêmes – communication, mobilité, solidarité, voire conscience – que l’homme supposait exclusif à sa propre espèce. Dans la durée, cet écosystème pâtira logiquement des assauts répétés du dérèglement sur l’appareil aérien qui constitue son talon d’Achille. On peut penser que l’écosystème hypogée des population d’arbres est d’autant moins résilient qu’il est complexe et lent à se mettre en place. A cet égard, les forêts jardinées ainsi que les vergers ou vignobles seront probablement les premières victimes du dérèglement dans la mesure où leur écosystème souterrain aura manqué de temps pour s’installer. Et ce d’autant plus que leur croissance accélérée va de pair avec des tissus moins denses et par conséquent plus fragiles. Pour clore ce paragraphe, je me permet d’emprunter aux indiens des forêts d’Asie un dicton qui dit que « tant qu’il y aura des arbres, il y aura des hommes ».

Qu’il s’agisse d’épisodes météorologiques extrêmes ou d’évènements ordinaires qui surviennent dans un ordre qui n’est pas naturel, les manifestations précédentes du dérèglement climatique sapent les fondements de la vie. Avant d’intégrer une école d’ingénieur en agronomie, j’avais appris d’un cursus universitaire en biologie que le miracle de la vie relève d’un équilibre précaire. La stabilité de l’environnement étant posée comme condition première à la préservation de cet équilibre, je vois mal comment le vivant pourrait s’accommoder du dérèglement climatique. Cette loi d’airain s’applique à chaque espèce et plus encore aux écosystèmes, qu’ils soient naturels ou induits par l’homme. En d’autres termes, je suis bien trop conscient de la dépendance de nos biotopes (à commencer par la forêt) et de l’agriculture à la stabilité du climat pour croire qu’ils résisteront au dérèglement climatique. Non seulement ce dernier porterait atteinte à l’intégrité de notre environnement naturel mais il menace probablement l’équilibre qui définit l’agriculture biologique et qui dispense l’agriculteur d’intervenir sur sa culture par un recours intensif au travail mécanique et la chimie.

Une grande part de l’humanité persiste à croire qu’elle a résolu pour toujours la question de l’alimentation par l’intensification de l’agriculture. Je pense pour ma part que l’ère d’abondance dont elle jouit au sortir de trente glorieuses, n’aura été qu’un âge d’or éphémère à l’échelle de son histoire. Et ce d’autant plus qu’il ne vaut que pour une fraction de la population mondiale établie sous certaines latitudes avantageuses. Depuis la seconde guerre mondiale, les occidentaux aiment à croire que la production de matières premières alimentaires est un processus parfaitement maîtrisé, à l’instar des activités industrielles. Nous sommes d’autant plus enclins à adhérer à ce mythe qu’à l’heure où le secteur des services a pris le pas sur l’industrie, nous vivons dans l’illusion d’un monde dématérialisé. Car en seulement quelques décennies d’exode rural, la plupart d’entre nous a pris ses distances avec la nature pour se tourner tout récemment vers les horizons virtuels promis par les high-techs qui envahissent notre quotidien. A l’aube du transhumanisme, l’espèce humaine « hors sol » a oublié qu’elle est de chair et de sang et qu’elle vit aujourd’hui à crédit. Car l’agriculture n’échappe pas plus à la dépendance aux ressources naturelles que l’ensemble de l’industrie. La fin annoncée du pétrole, indispensable à l’agriculture conventionnelle pour le travail du sol ou les apports en engrais et pesticides, pose la question urgente d’une alternative à cette option. Peut être serons nous bientôt ramenés malgré nous aux réalités de la base de la pyramide de Maslow. Le changement climatique questionnerait alors nos besoins primaires que sont ceux de l’alimentation, de la mobilité et peut être même celui du logement.


Confrontés à la menace du dérèglement climatique sur l’agriculture, nous ne ferons pas l’économie d’une seconde révolution verte

Faced with the threat of climate deregulation on agriculture, we will not save a second green revolution

Alors qu’on devrait naturellement s’attendre à un changement climatique décelable à l’aune de moyennes millénaires voire séculaires, c’est à l’échelle de quelques années que les relevés météorologiques confirment à l’humanité l’ampleur du réchauffement. Chaque année nouvelle nous réserve désormais son lot de tristes records qui nous démontrent qu’elle est plus chaude que les précédentes. Autrement dit, l’évolution d’un phénomène supposé géologique est perceptible à l’échelle humaine puisqu’il est tangible pour les générations actuelles. Car c’est sur un pas de temps inférieur à une génération que sont régulièrement battus de nouveaux records absolus de température.
Le fait que cette accélération soit manifestement découplée de la progression des émissions de CO² soulève l’hypothèse de réactions en chaîne amorcées par des phénomènes tels que la fonte des glaces et la diminution de l’albédo; Ou encore la disparition des couverts végétaux (artificialisation des sols ou destruction des forêts par les incendies et la surexploitation) qui « climatisent » normalement l’atmosphère par leur transpiration. L’inertie propre à tous ces mécanismes est telle que je doute de la capacité de l’espère humaine à endiguer le phénomène, à supposer qu’elle parvienne à stabiliser ou même diminuer la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre.
L’accélération confirme d’autre part l’épuisement des phénomènes amortisseurs que sont par exemple l’absorption du CO² par les océans (le point de saturation est imminent) ou la biomasse.
En d’autres termes, les boucles de régulation n’opèrent plus et le réchauffement climatique s’emballe.

Hier se posait encore la question d’un réchauffement climatique que les climato-sceptiques (désormais officiellement hors-jeu) mettaient en doute. Aujourd’hui se pose celle de son ampleur. Tandis que certains laissent croire qu’un réchauffement limité à +1,5°C est encore possible, la communauté scientifique semble faire consensus sur le fait que ce seuil sera franchi en 2030. Jusqu’alors suspect d’avoir dramatisé la situation, le GIEC reconnaît lui-même aujourd’hui qu’il avait sous-estimé le rythme du réchauffement. Il déclare que l’augmentation de la température moyenne du globe pourrait être de 6 ou 7°C d’ici la fin du siècle. Au sein de l’opinion publique, des collapsologues s’invitent depuis peu dans le débat. Pendant que le sud de l’Australie fait face à des coups de chaleur de +50°C cet hiver, les américains subissent une vague de froid marquée par des températures proches de -50°C tandis qu’en Europe cet été, nous venons d’essuyer deux vagues de chaleur sans précédent pour découvrir à la rentrée que ce mois de juillet fut le plus chaud relevé sur terre depuis la nuit des temps. Ces faits avérés nous démontrent qu’aujourd’hui, nous ne vivons déjà plus dans le même monde qu’hier.

Le secteur agricole se distingue de ceux de l’industrie et des services par sa dépendance au climat puisqu’au rang des principaux facteurs de production figurent la ressource en eau, la température et l’ensoleillement. Cette dépendance est d’autant plus prégnante que les cultures sont produites en plein champ et que leur cycle est long. L’impact du changement climatique sur les facteurs de production précédents est considérable.

La communauté des agronomes aborde généralement ce défi sous l’angle du réchauffement global. Je suppose que l’une des raisons pour lesquelles nous abordons le changement climatique sous cet angle tient au fait que le GIEC focalise son approche sur cet aspect. Probablement parce que le réchauffement est plus facile à appréhender par les modèles que le dérèglement qui se traduit par des variations brutales de la météorologie. Car ce dernier procède du local et de la prévision météo à court terme, tandis que le réchauffement est un phénomène global qui opère à long terme.
En outre, les projections relatives au réchauffement s’appuient sur un historique largement documenté, alors que le dérèglement souffre probablement d’un manque de références lié à ce caractère local ainsi qu’à l’absence d’empreinte des épisodes météorologiques passés. En d’autres termes partant du fait que ce qui est mal connu n’existe pas par principe, l’humanité perçoit le changement climatique par le prisme du réchauffement.
Elle le fait d’autant plus volontiers qu’en matière de changement climatique, le réchauffement est plus facilement mesurable que le dérèglement pour la communauté humaine qui s’est par ailleurs assigné des objectifs à cet égard. Pour notre civilisation digitalisée qui ne reconnaît dorénavant que ce qu’elle peut chiffrer, cette manifestation du changement climatique relègue au second plan celle du dérèglement.

Je pense pour ma part que ce dernier est le principal défi posé à la communauté des agronomes par le changement climatique. Du moins à court terme dans la mesure où une élévation de l’ordre de 6-7°C à la fin du siècle sera pour le moins extraordinaire. Pour l’heure, l’occurrence dans un ordre inédit d’accès de froid ou de chaleur, de pluies diluviennes ou autres coups de vent violents, n’est certainement pas compatible avec la vie qui s’est adaptée depuis des millions d’années – darwinisme oblige – à la séquence d’évènements météorologiques ordinaires qui se faisaient suite chaque année dans un ordre prévisible. C’est particulièrement vrai pour les plantes à fleurs qui dominent la flore terrestre après être apparues tardivement dans l’histoire de l’évolution : la réalisation de chacune des étapes de leur cycle reproducteur est conditionnée par une « fenêtre de tir » météorologique parfois étroite.
Les espèces et les écosystèmes, qu’ils soient naturels ou cultivés, me paraissent clairement menacés par le dérèglement climatique. La monoculture intensive n’échappe pas plus à cette réalité que les écosystèmes induits de l’agriculture biologique que certains prétendent résilient. Car il semble logique que le caractère létal de certains évènements météorologiques extrêmes mette à mal ces derniers en les obérant de certains organismes qui participent de leur équilibre fonctionnel.

Par conséquent face à la menace du dérèglement climatique, la communauté des agronomes se doit d’inventer d’autres modèles que ceux qu’elle avait imaginés au siècle dernier pour accroître le rendement et la qualité des productions agricoles.
En réponse à l’augmentation des températures moyennes, elle postule aujourd’hui qu’il conviendrait simplement de décaler chaque culture au nord ou en amont du calendrier de culture. Je pense que le déplacement dans le temps ou dans l’espace envisagé comme réponse à l’élévation des températures est caduque, dans la mesure où la véritable menace est celle du dérèglement qui n’épargnera sans aucun doute aucune latitude et aucune période de l’année. Car le dérèglement étant logiquement la conséquence de déséquilibres croissants entre les quantités d’énergie stockées à la surface des continents et des masses d’eau libre ou gelée, il est incontestablement amené à s’amplifier partout. Inédite par rapport aux épisodes de réchauffement passées, la situation actuelle tient au rythme accéléré de celui qui se manifeste aujourd’hui. Il se situe sur l’échelle de temps de l’anthropocène au lieu du temps géologique pour les précédents.

J’émets de grandes réserves sur les projections émises par certaines instances mondiales qui affirment qu’avec la monoculture intensive ou l’agriculture biologique, la planète permettrait de nourrir demain dix milliards d’habitants, aux seules conditions d’abandonner d’une part le régime carné et d’autre part de résoudre le problème du gaspillage qui représente aujourd’hui le tiers des récoltes. Je crains que la surabondance de l’offre en matières premières alimentaire que nous connaissons depuis les trente glorieuses sous nos climats tempérés, n’apparaisse bientôt que comme un âge d’or fugace à l’échelle de notre histoire. Nous ne vivons plus dans le même monde qu’hier et l’amplification du dérèglement à laquelle nous assistons déjà, appelle incontestablement des réponses sans commune mesure avec celles qui avaient fait leurs preuves par le passé. Il me semble évident que ne ferons pas l’économie d’une seconde révolution verte.