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Les causes du retard à l’allumage de la filière des Ag-tech en France (art. 2 sur 4).

The many explanations of the delay in the start of the Ag-tech sector in France (art. 2 of 4).

De la fourche à l’assiette, une majorité d’acteurs oppose au vivant la technologie alors qu’elle gagnerait à être au service de l’agriculture pour que cette dernière s’adapte au changement climatique comme à la raréfaction des facteurs de production. En France, le manque de ponts entre la filière agricole et celle des high tech est patent. Celle des Ag-tech fonctionne en vase clos, à l’écart d’une dynamique mondialisée. Notre filière agricole n’est pas encore « câblée » high tech tous ses étages pour différentes raisons objectives et subjectives.

Pour les agriculteurs français qui sont à la base de la filière, la compétitivité coût est un premier obstacle majeur à l’investissement dans les solutions innovantes que sont les équipements high tech.

Les manifestations de ce début d’année nous rappellent qu’exposées à des facteurs de risque spécifiques tels que l’aléa climatique, les entreprises agricoles ont en outre peu de marges de manœuvre financières pour investir dans les nouvelles technologies.

Sur fond de carcan réglementaire coercitif, les exploitations les plus intensives en équipement high tech que sont celles du maraîchage hors sol, sont étranglés par des charges supérieures à celles de leurs concurrents étrangers, tandis que la grande distribution confisque leurs marges en dépit de la loi Egalim. Les productions désaisonnalisés qui sont cultivées sous serre chauffée sont confrontées au coût de l’énergie de plus en plus élevé et aléatoire (le gaz qui représente 1/3 des charges opérationnelles, passait de 15 € à 200 € la tonne il y deux ans) alors que les pays du sud bénéficient pendant la contre-saison, de la chaleur et de la lumière délivrés gratuitement par le soleil.
Ces exploitations spécialisées étant d’autre part exigeantes en compétences techniques comme en main d’œuvre, elle font face à la difficulté supplémentaire d’une pénurie de travailleurs aggravée par la concurrence des nations qui sont avantagées par des niveaux de salaire plus favorables.

Le poids des Opex et des Capex est d’autant plus difficile à assumer pour ces maraîchers exigeants en technologie que leur exploitation familiale est souvent pénalisée par sa dimension réduite. Rappelons que la surface des serres en France est limitée à 4,5ha en moyenne pour une raison que je pense être – au-delà de la complexité du métier – le coût dispendieux des immobilisations. Il augmente en proportion de l’intensité technologique au point que la valeur d’une serre hors sol chauffée toute équipée est d’environ 2 M€/ha. La valeur des actifs de ce type d’exploitation est donc en moyenne de 9 M€ (avant amortissement) alors que le prix de vente d’une exploitation agricole standard est de seulement 200 K€ en France. A défaut de subventions, le seuil de rentabilité devient hors de portée pour les maraîchers qui envisagent l’investissement dans une serre high tech.

Tandis qu’ils font face à une érosion de leur compétitivité coût aggravée par une taille d’entreprise limitante, les maraîchers serristes sont naturellement réticents à investir dans des nouvelles technologies coûteuses parce qu’ils sont seuls à porter le risque financier et ce sans filet de sécurité. Hors de l’agriculture, son poids est généralement réparti entre un collectif d’actionnaires et quand ce n’est pas le cas, l’actionnaire est assis sur un capital qui lui permet d’amortir le risque d’échec. Partant de là, comment s’étonner que la sensibilité au prix l’emporte parfois sur l’intérêt technique et que toutes les serres soient sur le même modèle dans un secteur où l’exercice de la profession est en outre des plus complexes ? Car je n’en connais pas d’autre où l’actionnaire qui doit se former sur le tard, soit tout à la fois directeur financier, directeur des ressources humaines, manager et « last but not least », responsable de production lorsqu’il endosse de surcroît la fonction de chef de culture en deçà d’un seuil critique que je situe entre 2 et 4ha.

La barrière de la compétitivité coût est moins haute dans le cas des cultures de plein champ qui sont intéressées par les OAD (Outils d’Aide à la Décision) nécessaires à l’agriculture de précision. Elle l’est d’autant moins que la surface de ces exploitations est du même ordre que celle de leurs concurrents étrangers et qu’à l’ère de l’usage qui prend le pas sur la propriété, le modèle du SAS (Software As a Service) substitue un coût opérationnel à l’investissement.

Pour une autre raison que les agriculteurs, leurs fournisseurs de technologie se heurtent également à l’écueil de la compétitivité coût.

En amont de la filière végétale, une majorité d’acteurs des Ag-tech limite sa cible à notre marché domestique de taille d’autant plus réduite que les agriculteurs français sont frileux vis à vis des high tech. Partant de là, leurs fournisseurs de technologie peinent à se développer pour être en mesure de passer d’un tour de table au suivant afin de se structurer pour d’une part viser l’export et d’autre part muscler leur R&D. Cette dernière n’étant pas en capacité d’intégrer les opportunités technologiques qui ne cessent de se présenter, le secteur français des Ag-tech est à la traîne alors que la France reste en tête des producteurs agricoles européens.

En France, une difficulté majeure pour l’ensemble des acteurs économiques de la filière, reste l’accès au capital.

A défaut de capital risqueurs d’obédience privée, les startup de l’AG-tech doivent principalement compter sur le soutien de l’état – via les fonds d’amorçage ou la BPI – qui finance généralement les premiers tours de table. Ce saupoudrage reste du domaine de la démagogie car la puissance publique préfère flécher ses ressources budgétaires vers les industries de l’hydrogène, de l’ordinateur quantique, des semi-conducteurs ou de la santé entre autres exemples. Sur les 54 milliards d’euros du plan de financement France 2030 lancé en 2021, l’état ne libère que « un milliard d’euros pour la révolution du vivant et de la connaissance, destinée à la recherche de solutions innovantes, à l’agrorobotique, au développement numérique, notamment au service de l’innovation face au changement climatique (méthanisation, sélection des semences…) ». D’autre part, « 500 millions seront consacrés à un fond entrepreneurs du vivant destiné à aider l’installation de jeunes agriculteurs ou de start-up ». Soit moins de 200 M€ par an au bénéfice de l’innovation agricole en sachant que cette enveloppe n’est pas destinée qu’au secteur des high tech comme le précise la liste des thèmes éligibles. Précarisées par leur assise sur notre marché domestique étroit, les membres de Ferme Digitale font face à la double peine d’un financement pénurique qui limite d’autant plus leurs chances d’atteindre le stade critique de licorne.

Sur un marché établi de plus longue date, leurs clients agriculteurs peinent également à obtenir le soutien des banques et plus encore des investisseurs privés. Ces bailleurs de fond ont une préférence pour d’autres pans du secteur primaire industrialisés de longue date – pétrole et autres industries extractives – ou pour les secteurs secondaire puis tertiaire qui ont eu tour à tour leurs faveurs. Frileux, ils ont probablement du mal à accepter la faible rentabilité de l’activité agricole qui va de pair avec un horizon financier lointain et une exposition à certains aléas spécifiques tels que le climat. Dans ce contexte, les exploitants agricoles doivent compter sur leurs capitaux propres et à défaut de subventions, il leur est difficile de se moderniser dans le cas des productions exigeantes en équipement high tech.

La technologie est un sujet orphelin, au profit du vivant sur lequel se focalisent la recherche et le conseil.

La recherche publique (INRAE, CIRAD) et les instituts techniques français (ARVALIS, CTIFL…) emploient majoritairement des agronome tandis que les chercheurs dédiés à la technologie sont l’exception qui confirme la règle. Les rares ingénieurs compétents dans ce domaine relativement récent sont affectés à la gestion des outils de R&D alors qu’il ne fait l’objet d’aucun programme de recherche en tant que tel. En amont de notre filière agricole, force est de constater que les sciences du vivant restent souveraines.

Facteur aggravant, le coût des outils de R&D bride probablement les avancées dans le domaine des high tech, comme en témoigne l’état désuet du parc des serres de recherche de l’INRAE. Cela vaut également pour les ressources humaines car je doute de la capacité de nos EPST (Établissement Public à caractère Scientifique et Technologique) à s’aligner sur les salaires du privé pour attirer les talents compétents dans la technologie et en particulier dans l’AI, quand ces derniers sont dragués par d’autres industries plus richement dotées.

On peut d’autre part penser que la gestion des compétences et des outils de R&D s’inscrit dans le temps long au sein de nos instituts alors que l’irruption des high tech est très récente et que la vitesse d’évolution de ces dernières va de pair avec une obsolescence accélérée du savoir et des équipements. Au-delà de la capacité financière limitante de notre recherche agronomique se pose peut être la question de la souplesse de son organisation et de son mode de gouvernance.

Les freins précédents expliquent l’inertie d’une recherche agronomique qui peine à s’extraire des sciences de la vie placées au cœur de la première révolution agricole menée avec succès (la France occupait un rôle de premier plan avec des champions tels que RPA, la SCPA ou Clause-Tézier) sur le front du plein champ au siècle dernier. Dans ce milieu vivant, la priorité était donnée aux processus biologiques essentiels que sont la nutrition des plantes et la lutte contre les ennemis des cultures d’origine biotiques, à l’heure où l’enjeu du contrôle de process était mineur et la technologie balbutiante.

Cette dernière peine à émerger au sein de l’INRAE bien qu’il ait absorbé l’IRSTEA (ex-Centre d’Étude du Machinisme Agricole et du Génie Rural des Eaux et Forêts). On peut penser que les organismes de recherche spécialisés dans les high tech – CEA ou INRIA – sont mieux placés pour s’engager sur la voie des Ag-tech mais pour ces derniers, l’agriculture est pour l’instant un sujet marginal par rapport à d’autres débouchés plus lucratifs.

La carence endémique de la recherche et du conseil dans les high tech – au bénéfice du vivantest héritée de la formation des acteurs de la filière.

A l’instar du reste de la filière végétale française, l’enseignement agricole reste principalement tourné vers les sciences du vivant. De même que chez les chercheurs et les conseillers agricoles, rares sont les enseignants qui sont compétents dans les high-tech. Même au sein des établissements les plus récents que sont Hectar ou Unilasalle, la double compétence n’est pas encore d’actualité et le savoir qui reste à construire, appartient pour l’heure aux entreprises high tech. Un hiatus historique sépare toujours l’enseignement agricole de celui des sciences dures qui font appel à des schémas de pensée différents, comme je le fais remarquer dans mon article précédent. Ce clivage remonte au études secondaires ou ceux qui s’orientent vers le vivant empruntent d’autres voies que ceux qui font le choix des sciences dures. Par rapport à l’économie réelle qui comblera inéluctablement le fossé entre le vivant et le numérique parce qu’elle est soumise à la dure loi du marché, l’enseignement agricole accuse aujourd’hui un retard au même titre que la recherche.

J’ajouterais que sa mauvaise performance en anglais est un facteur aggravant parce que le secteur des high tech que dominent les GAFAM américains, est mondialisé. Au contraire des autres filières de l’enseignement supérieur, les écoles d’ingénieur agronome et agricole françaises tardent à s’intégrer dans les réseaux d’échange européens, alors que c’est justement à l’étranger que l’innovation technologique est la plus dynamique.

Last but not least : les freins culturels pèsent lourdement sur les déterminants objectifs listés ci dessus.

En France, l’agriculture est forte d’une identité culturelle singulière définie par l’attachement de la population à la paysannerie. Peut être cette représentation est elle héritée de nos origines rurales, dans la mesure où la plupart de nos ancêtres habitaient encore les campagnes à une époque relativement récente.

Le citoyen français ne peut de départir d’une représentation des paysages naturels façonnée par l’agriculture. Par rapport aux petits pays ou aux mégalopoles où la pénurie de foncier fait de la population une civilisation hors sol, la nation française est attaché aux espaces ruraux dont elle toujours eu la jouissance au point qu’à ses yeux, nature et agriculture se confondent. Partant de là, l’emprunte de la technologie sur nos campagnes se doit d’être neutre.

Ce qui vaut pour le cadre de vie vaut pour l’alimentation. La provenance artisanale des produits agricoles est induite par la dimension culturelle dont est investie la cuisine française – comme en témoigne le succès croissant d’émissions telles que Top Chef. Toute référence à un process industriel apparaît suspecte aux yeux du consommateur qui attend une origine paysanne, bien qu’il achète de plus en plus d’aliments transformés et qu’il ignore que derrière les apparences, l’agriculture de plein champ est loin d’être aussi naturelle que ce qu’il imagine. Pour une majorité de consommateurs, l’agriculture se doit d’être traditionnelle et le concept d’industrie qui repose sur la technologie, ne fait pas bon ménage avec l’alimentation.

A ces obstacles culturels à l’innovation, Henry Mandras superpose d’autres freins subjectifs dans l’ouvrage intitulé La fin des paysans qu’il publiait en 1992 chez Actes Sud.

Le prochain article de cette série sera consacré aux conséquences du retard de la France dans les Ag-tech. Par la suite, un quatrième et dernier article ouvrira des pistes originales.

À la Une

L’enjeu de l’A.I. pour les Ag-tech et la place de la France dans ce domaine (article 1 sur 4)

The challenge of A.I. for Ag-tech and France’s position in this domain (art. 1 of 4).

Avec l’irruption de l’IA, les Ag-tech sont à la veille d’un rattrapage sur les autres secteurs de l’économie engagés de longue date sur la voie de l’industrialisation, mais l’agriculture française tarde à prendre le train des nouvelles technologies.

Pour différentes raisons évoquées dans les articles précédents, à commencer par celle du dérèglement climatique, l’agriculture est à n’en pas douter un secteur d’avenir. Au delà de l’option de l’agroécologie, les biotech et des high-tech seront le moteur d’une nouvelle révolution agricole. Les Ag-tech sont à coup sur appelées à jouer un rôle majeur dans ce segment du secteur primaire qui semblait jusqu’ici rebelle à l’industrialisation. L’explosion de l’innovation technologique qui se traduit depuis les années 2010 par l’émergence du cloud, de l’Internet des objets ou de l’Intelligence Artificielle entre autres exemples, devrait rebattre les cartes. Je pense que cette dernière est l’innovation de rupture à même d’exercer un effet de levier sur toutes les autres parce qu’elle promet de surmonter l’obstacle ultime à la compréhension du vivant : la complexité inhérente à sa variabilité.

Pour démêler les liens du vivant, la réflexion systémique conférait jusqu’ici une autorité de compétence incontestée aux cadres performant dans cette approche. Dans l’agriculture tout comme dans la santé, c’est l’aptitude à ce mode de pensée fondé sur une approche globale qui démarque les cadres techniques. Il est d’ailleurs admis dans le milieu des agronomes que l’aptitude à la réflexion systémique serait la marque de fabrique de ces ingénieurs alors que leurs pairs spécialisés dans les sciences dures s’appuient quant à eux sur le raisonnement logico-mathématique. Ces derniers entretiennent de fait un rapport ambigu avec la technologie qui tient à la fois du partenaire et du concurrent. Aussi doivent ils composer avec l’informatique depuis sa naissance au point que cette industrie qui est devenue leur alias, est devenu leur principal débouché. Jusqu’ici, elle n’a pas encore détrôné les pontes les plus talentueux de la caste des médecins spécialistes qui bénéficient d’un prestige et de privilèges enviables. Pour la même raison en horticulture sous serre, les chefs de culture dotés de doigts verts – bien nommés green-fingers aux Pays Bas – jouissent d’une aura dans le milieu du maraîchage. J’ajouterais qu’en agronomie comme en médecine, l’approche expérimentale est reine pour faire face au doute car le cadre technique qui travaille sur le vivant sait au fond de lui même qu’il ne sait rien. Son talent personnel le place au cœur d’une activité qui résistait jusqu’ici à la standardisation qui va de pair avec la systématisation et en définitive, le recours au digital.

Avec la généralisation de l’AI à l’ensemble des activités économiques, l’agriculture et la médecine sont à la veille d’un rattrapage sur les autres secteurs, comme en témoigne le boom spectaculaire de la e-santé et dans une moindre mesure des Ag-tech.

L’AI est sur le point de rebattre les cartes sous les serres hors sol où leur rôle sera essentiel. Aujourd’hui, il incombe au chef de culture d’interpréter la masse de données que produit une batterie de capteurs en expansion. L’Internet des objets permet de démultiplier les points de mesure obtenus au moyen d’un assortiment de capteurs de plus en plus large. Car un nouvel appareillage renseigne par exemple sur la transpiration de la plante, son diamètre de tige ou la force d’une activité électrique supposée porteuse de sens, alors qu’il était simplement question jusqu’ici de mesurer les conditions de production au niveau du climat d’ambiance et des racines. Pour une maîtrise totale de ces dernières, le chef de culture se doit de contrôler un nombre croissant d’équipements qui meublent une enceinte de moins en moins ouverte sur l’extérieur avec l’émergence des dispositifs d’air conditionné assortis des systèmes d’éclairage Led qui définissent la frontière entre l’horticulture et l’indoor farming dont l’agriculture verticale est un prolongement logique. Le concept de Controlled Agriculture Environment (CEA) s’impose comme alternative face au modèle standard et mature de la serre multi-chapelle du type Venlo. Gageons qu’au service de la régulation de process, l’A.I. prendra sans tarder le relais sur l’arbitraire du chef de culture pour gérer les changements de position de la kyrielle d’actionneurs de la serre, à partir de la masse des données disponibles qui sont mesurées ou calculées.

En agriculture de plein champ où l’agriculteur n’a aucune maîtrise sur les conditions climatiques et un contrôle très limité sur l’irrigation dans la mesure où elle dépend principalement des propriétés du sol et de la météo, le rôle des high tech est réduit à l’agriculture de précision qui vise à ajuster les apports en intrants et en eau aux besoins individuels de chaque plante. Ce domaine d’application des Ag-tech met en jeu l’imagerie et l’IoT qui alimentent des algorithmes du type OAD (Outils d’aide à la décision) que l’A.I. promet de rendre intelligents. Dans ces conditions, l’agriculteur se borne à appliquer la recette d’un itinéraire technique jalonné d’interventions qui varient peu d’une année sur l’autre. Partant de là, la surface contrôlée par un agriculteur en grandes cultures, ne connaît de limite que sa capacité financière et c’est peut être pourquoi à hauteur de 70ha, la taille de nos exploitations familiales est du même ordre que celle de nos concurrents étranger.

Sous les exploitations les plus intensives que sont les serre serres chauffées hors sol, le poids financier des immobilisations (le coût d’une serre équipée est couramment de 2M€/ha) est un frein à l’agrandissement des exploitations mais un facteur limitant de taille reste probablement la complexité du métier décrit plus haut. Il me semble que la maîtrise des équipements de la serre à partir de la masse de données produite par le système de capteurs, limite à 4ha environ la surface qu’un exploitant peut contrôler par lui même. De fait, la surface moyenne des exploitations familiales en serre hors sol chauffées est actuellement de 4,5ha en France alors qu’aux Pays Bas où les entreprises horticoles emploient depuis longtemps des chefs de culture salariés, elle dépasse 6ha avec un écart type probablement très supérieur.

Pour les mêmes raisons qu’en maraîchage intensif, je pense que les économies d’échelles ne fonctionnent pas dans le secteur traditionnel des semences où perdurent les organisations de taille réduite – agiles et adaptables – alors que dans l’agrochimie, la systématisation a rendu possible une concentration extrême du secteur. Tout comme le chef de culture en maraîchage sous serre, le sélectionneur doué d’une intuition qu’il a développé au fil de son expérience, est la cheville ouvrière du secteur semencier. Sa vocation étant de dénouer les liens entre le code génétique et l’expression des gènes, l’A.I. promet de donner du sens à la masse des données fournies par les outils de génotypage et de séquençage qui se sont démocratisés ces dernières années avec l’invention de la PCR notamment. Dans les années 2000, ces nouveaux moyens ajoutés au backcross assisté par marqueurs ont fait faire de grands pas aux semenciers longtemps cantonnés au rôle de simples agriculteurs spécialisés dans la production « artisanale » de semences aux temps pas si éloignés de la sélection massale de variétés populations. Je suppose qu’avec la mise à disposition de progiciels fondés sur l’A.I., la décennie en cours sera celle d’un bond technologique encore plus grand pour les semenciers.

En tant qu’observateur de la filière horticole sous abri où le taux de pénétration des AG-tech est potentiellement le plus élevé, je constate pourtant que la France reste en retrait de cette lame de fond alors qu’elle est toujours en tête des puissances agricoles européennes.

Une preuve de ce retard de l’agriculture française est qu’avec environ 700 membres, le groupe Agro-Digital de l’association UNIAGRO qui fédère les anciens ingénieurs agronomes et agricoles, est composé majoritairement de retraités curieux ou de cadres de l’informatique actifs dans d’autres domaines d’application que l’agriculture, tandis que les ressortissants des Ag-tech représentent moins de 5% de son effectif.

Dans les publications qu’elle administre, l’Académie d’Agriculture qui parle enfin de s’ouvrir au monde (les articles disponibles sur son portail sont enfin traduits en anglais depuis ce début d’année) fait la part belle aux sciences du vivant mais elle réserve la portion congrue aux Ag-tech avec là encore, moins de 5% de publications dédiées à ce sujet.

l’INRAE dont la vocation explicite est la Recherche Agronomique et non pas technologique, est dépourvu de compétences dans les high tech. C’est également le cas du CTIFL (Institut Technique en charge des Fruits et Légumes) alors qu’elles sont appelées à jouer un rôle majeur dans la production dirigées des cultures maraîchères sous abri.

Sur le salon de référence mondial néerlandais GREENTECH dédié à l’horticulture intensive, la France n’est représentée que par une poignée de visiteurs et d’exposants car elle organise à Angers son propre salon domestique dédié aux cultures dites spécialisées : le SIVAL. A hauteur de 25 000 visiteurs environs, la fréquentation des deux évènements est équivalente mais notre salon national fait la part belle aux intrants et au machinisme tandis que son homologue d’Amsterdam se démarque par la suprématie des Ag-tech. En France, ces dernières font l’objet d’évènements régionaux dispersés sur la robotique, l’agriculture connectée ou les serres photovoltaïques entre autres exemples. En revanche avec un nombre de visiteurs du même ordre que le SIVAL et GREENTECH, le rendez vous annuel TECH&BIO qui se tient chaque année à Valence, confirme le penchant de notre nation pour les sciences du vivant.

La France est par ailleurs invisible dans la presse spécialisée des Ag-tech appliquées à l’horticulture puisque la newsletter mondiale quotidienne de référence HORTIDAILY y fait référence dans moins de 10% des numéros. Sachant que chacun d’entre eux compte 30 articles au bas mot, cela signifie que la part de voix de la France est inférieure à 1 article sur 300. Ces articles mettent en avant un producteur français à l’occasion, relatent de temps à autre une levée de fond réussie par une startup de l’AG-tech mais plus fréquemment, communiquent sur la distribution alimentaire avec quelques brève dédiées à nos enseignes de la GMS. C’est le signe que sur le marché international de l’horticulture, la France est avant tout perçue comme un débouché tandis que sa place reste anecdotique dans l’innovation technologique. A ce jour, la France n’est toujours pas dans la course de la serre autonome que relate périodiquement cette publication.

On peut comprendre le choix d’HORTIDAILY puisqu’en horticulture, les exploitations française sont de plus en plus conformes à mesure que leur degré d’intensification augmente avec un taux de pénétration accru des nouvelles technologies. Alors qu’il existe une grande diversité d’exploitations en culture de plein champ, l’outil de production des maraîchers sous serre hors sol est à l’identique et conçu à partir de technologies matures et éprouvées. L’agriculture urbaine reste low tech en France et au sein des C.E.A., l’indoor n’est quasiment pas représenté tandis que l’aquaponie ou la culture d’algues existent sous la forme de petites unités généralement low-tech.

Les fournisseurs de technologie de l’Ag-tech française sont en majorité des startups positionnées sur les marchés tendance que sont ceux de l’agriculture de précision, la robotique, l’éclairage LED, l’aquaponie ou l’agriculture indoor entre autres exemples. Regroupées sous la bannière de la FERME DIGITALE, ces 120 startup pour partie subventionnées, sont visibles sur notre salon national de l’agriculture mais leur rayonnement ne dépasse pas la limite de nos frontières et celles qui exportent ou ont des ramifications à l’étranger, sont l’exception qui confirme la règle. Sur les marché précédents, les acteurs de poids qui approchent pour certains d’entre eux le stade de licorne, sont rarement français et dans la plupart des cas des « pure players » de stature mondiale qui peuvent éventuellement s’appuyer sur la surface financière d’autres marchés « vache à lait » pour financer leur R&D.

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Mon espoir d’un sursaut salutaire de l’économie des sports d’hiver est douché par la crainte d’un nouveau plan blanc, sur fond d’aggravation du changement climatique attesté par de nouveaux symptômes dont les experts n’ont pas su tirer les conséquences qui s’imposent.

D’aucuns prédisent la fin de l’industrie des sports d’hiver du fait d’un manque d’enneigement. A Grenoble, j’assistais hier à une conférence du journaliste Guillaume Desmurs qui défend cette idée sur la scène médiatique. Je partageais son point de vue dans mon précédent article qui portait sur les conséquences du changement climatique pour les différents secteurs de notre économie. Mais à la réflexion, je crains qu’un autre scénario ne se dessine et qu’à l’instar de l’agriculture que je pense être au bord d’une seconde révolution agricole portée par le numérique et les biotechnologies, l’économie du ski soit pour sa part à la veille d’un nouveau plan blanc.

Au fil de l’actualité, j’ai relevé ces mois derniers deux hypothèses émises par le GIEC. Frappées au coin du bon sens, elles postulent que les précipitations augmentent du fait de l’évaporation croissante liée au réchauffement des masses d’eau, tandis que celui de l’atmosphère provoque le relèvement de la limite pluie/neige. Ces deux manifestations concomitantes du changement climatique devraient en toute logique, entraîner une augmentation de l’enneigement en haute montagne. Du moins pour quelques années dans la mesure où à long terme, la pluie se substituera inéluctablement à la neige quelle que soit l’altitude.

Ce phénomène semble attesté par le journal le Monde qui fait état ce 11 février 2024, d’une couverture neigeuse réduite à la portion congrue dans les Alpes et les Pyrénées, en soulignant toutefois un cumul neigeux épais en haute altitude. Guillaume Desmurs fait d’ailleurs remarquer que les recettes des stations de la Tarentaise ont atteint des records en janvier, alors que les occasion de pratiquer le ski de fond sont de plus en plus rares dans le Vercors, au point de remettre en cause cette discipline réservée à la moyenne montagne. A mon niveau, je constate depuis les années Covid, que c’est toujours plus haut que je dois chausser les ski de randonnée et que l’enneigement y est de plus en plus abondant.

Tous ces faits semblent confirmer que la tendance annoncée du manque de neige en moyenne montagne n’exclue pas son abondance en haute altitude, comme le laissent supposer ensembles les deux hypothèses soulevées par le GIEC. Pourtant, les experts se gardent de tirer cette conclusion pourtant logique et d’aucuns se prononcent à l’unanimité sur une baisse structurelle et totale de l’enneigement. Pour l’heure, l’abondance de neige au dessus d’un seuil situé autour de 2500m, est donc traitée comme un simple fait divers par les média.

La question est loin d’être un détail car si ce n’était pas le cas, cela signifie que les domaines skiables établis au delà de cette limite seraient potentiellement promis à un avenir radieux, tandis que les stations de moyenne montagne rendent l’âme les unes après les autres. Partant de là, ce n’est pas la fin de l’industrie du ski que je redoute, mais sa délocalisation dans un nombre limité de stations principalement situées dans les alpes du nord et donc en France, en Savoie et en Haute Savoie. L’expansion de leurs domaines skiables aurait lieu au prix d’une emprise croissante sur les espaces sauvages.

Avec la prolifération d’un gotha planétaire toujours plus riche et nomade à l’échelle du village global – car il n’aura pas échappé à un observateur attentif qu’une clientèle cosmopolite de skieurs se substitue insidieusement à celle des baby-boomers français – les conditions me semblent réunies pour que ce scénario catastrophe se vérifie. Il va de pair avec l’édification d’infrastructures routières et résidentielles que les élus appellent de leurs vœux. En témoignent aujourd’hui les signaux faibles d’une augmentation vertigineuse du coût du m² habitable dans les stations, alors même qu’elles se vident de leurs habitants d’après Guillaume Desmurs qui souligne le paradoxe d’un fort dynamisme de l’immobilier haut de gamme. Compte tenu de la puissance de feu du secteur du BTP, je redoute les effets dévastateurs d’un nouveau plan blanc opportuniste qui reposerait sur l’aubaine passagère d’une abondance de neige en haute altitude. L’emballement actuel de l’industrie des croisières avec la mise à l’eau récente du paquebot le plus grand et le plus luxueux de tous les temps, prouve qu’une relance des sports d’hiver ciblés sur la même clientèle est loin d’être improbable.

Dans la mesure où elle est prête à répondre à l’offre de loisir qui a toutes les chances de se vérifier en haute montagne pour peu que l’enneigement soit au rendez vous dans les prochaines années, laisser libre cours à la loi du libre échange serait catastrophique . Espérons qu’au nom des générations futures, le régulateur s’empare de cette cause d’intérêt général pour s’opposer à ces « éléphants blancs » grotesques qui provoqueront à n’en pas douter, une levée de bouclier de la part de la société civile.

Je suppose qu’un surcroît d’enneigement en altitude pendant que nous assistons au retrait des glaciers, se traduirait logiquement par un écoulement plus abondant des eaux de surface vers les fleuves sur la période printanière, au détriment de la saison estivale. Pour palier la pénurie à cette période critique de l’année, le bon sens plaide pour le stockage de l’eau de fonte. Aussi suis-je favorable aux lacs, retenues caulinaires et autres méga-bassines qui défrayent actuellement la chronique. Sur ce sujet, une réaction pragmatique et moins dogmatique de la société civile serait peut être bienvenue.

Noyée dans le flot médiatique qui nous submerge toujours davantage au mépris de toute hiérarchie de l’information, une autre bombe est lâchée le 1er février 2024 par le journal le Monde. Ce dernier nous apprend que l’augmentation de la température de surface des océans mesurée l’an dernier sidère les climatologues de nouveau pris au dépourvu.

La déflagration est extraordinaire parce que le bon sens commun conduit à penser que ce phénomène aura un impact direct et brutal sur le réchauffement de l’atmosphère à très court terme étant donné l’étendue de la surface d’échange entre cette dernière et les eaux libres qui recouvrent les 3/4 de la planète. Pourtant, les experts se gardent bien d’aller jusqu’à cette conséquence évidente mais se bornent à évoquer les effets indirects que sont l’accélération de la fonte de la cryosphère ou la baisse des capacités d’absorption du CO2 par les eaux libres.

La nouvelle est également stupéfiante car elle nous confirme une fois de plus que les experts du GIEC sont dépassés par leur sujet d’étude pour des raisons évoquées par ailleurs dans ce blog. Comment se fait il que la communauté humaine – représentée par les politiques – continue de leur prêter aveuglément une autorité de compétence qu’ils monopolisent au titre de guichet unique sur la question climatique ? Leurs incantations n’ayant aucun poids sur les comportements délétères d’une humanité qui semble faire le choix délibéré de l’obscurantisme, peut être auraient-ils des chances de faire bouger les lignes en reconnaissant que ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne savent rien. Je répète qu’en adoptant la posture désarmante du «  silent quitting », peut être les climatologues se donnerait-ils les moyens de servir l’intérêt général du vivant au lieu d’attendre que les catastrophes annoncées provoquent enfin les changements de comportement souhaitables. A l’ère de la connaissance dopée par le numérique qui nous donne la mesure de toute chose, je me prends à espérer que l’humanité soit prise d’un vertige si elle était confrontée à son ignorance sur la principale menace qui pèse sur sa destinée. Le socle rassurant de repères chiffrés se dérobant sous les pieds des politiques, ils seraient en demeure d’agir peut être enfin, au nom du principe de précaution.

À la Une

A la faveur d’une actualité qui dépasse les scientifiques mobilisés sur le front du changement climatique, les lignes bougent enfin. A la bonne heure !

Depuis l’ouverture de ce blog il y a quatre ans, les manifestations du changement climatique font enfin bouger les lignes, ainsi qu’en témoigne le discours des prétendus sachants qui ne cesse d’évoluer au gré des phénomènes météo qui infirment chaque jour davantage leurs hypothèses antérieures. Ainsi, face au risque d’être discrédité par l’actualité, le GIEC se décide enfin à envisager le changement climatique sous l’angle du dérèglement et de ses conséquences dans son dernier rapport, alors que l’augmentation de la température moyenne globale était jusqu’ici l’alpha et l’oméga de son discours.

Il n’est plus un jour sans que la presse ne se fasse l’écho de la gravité du phénomène, avec par exemple sur cette semaine le record de la température moyenne mondiale en ce début du mois de juin, la disparition annoncée des glaciers de l’Himalaya d’ici 2100, le réchauffement accéléré et inédit de la surface des océans ou encore le constat alarmant d’une augmentation de la température de 2,3°C en Europe depuis l’ère préindustrielle.

L’an dernier en France, nous étions saisis par la sècheresse sans précédent – sur fond de nouveau record de la température moyenne mondiale annuelle – qui nous confrontait aux conséquences tangibles du changement climatique et non plus seulement à l’idée de ce phénomène. Cet hiver, le déséquilibre se confirme toujours davantage avec un déficit hydrique qui se traduit dans les Pyrénées Orientales, en Espagne ou au Canada, par l’impuissance agricole et une nouvelle recrudescence des feux de forêt. A la fin du printemps, je notais que la surface incendiée en Espagne sur le premier trimestre était équivalente à celle en France sur toute l’année passée tandis qu’au Canada, elle était dix fois supérieure. En juin, je note que cette dernière a été multipliée par 15. Le ministre actuel de l’environnement Christophe Béchu admet que les 2/3 de nos nappes phréatiques sont en deçà de leur niveau normal.

Il y a quelques semaines, ce représentant de l’état allait jusqu’à contredire les incantations jusqu’ici rassurantes et irresponsables du GIEC qui n’a plus d’autre choix face aux réalités précédentes, que celui d’un changement de discours. Cette instance – incarnée par Valérie Masson-Delmotte – se prononce désormais sur une augmentation de la température globale à la fin du siècle qui serait non plus 1,5°C mais de 3,4°C. D’autre part, Valérie Masson-Delmotte déclare que le GIEC avait sous-estimé de moitié la quantité de CO2 atmosphérique nécessaire à un réchauffement de 1,5°C – rien que ça !

Comment est-il encore possible d’accorder du crédit à ces scientifiques qui ont la candeur d’émettre sans cesse de nouvelles prévisions qui démentent les précédentes. J’aimerais qu’ils aient l’humilité de reconnaitre que ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne savent rien. Partant de là, les politiques se devraient d’agir au nom du principe de précaution au lieu de prendre pour argent comptant le discours de ces prétendus experts manifestement dépassés par la complexité du changement climatique. Au titre de porte parole de la cause climatique, le GIEC devrait se limiter à alerter la société civile sur la gravité du phénomène au lieu de se hasarder à des pronostics hasardeux.

Alarmistes, les professionnels de la montagne tout comme le monde agricole et le secteur de l’énergie dans une moindre mesure, s’emparent subitement de la cause du déficit hydrique qui menace aujourd’hui leurs activités respectives.

Au vu du manque de neige de cet hiver dans les Alpes, il est clair pour les premiers que le plan blanc lancé dans les années 60, bute manifestement sur le mur du changement climatique. Le raccourcissement de la saison de ski sonne à très court terme le glas de l’économie des sports d’hiver qui aura permis pour un temps, de repeupler nos montagnes disqualifiées par l’agriculture productiviste avant d’être affectées par la désindustrialisation. Ce pan de l’économie des loisirs est sommé de se réinventer au moment où il fait face à une plage réduite d’utilisation de ses infrastructures qui va de pair avec la difficulté à mobiliser le volant de main d’œuvre requis au moment adéquat.
La menace du manque d’eau plane également sur notre agriculture dont certaines productions sont remises en cause par un régime des précipitations de plus en plus erratique. Observateur averti de ce secteur dont je suis partie prenante, je m’attends depuis des années à l’augmentation du coût de revient des denrées alimentaires et au-delà, aux pénuries qui menacent certaines productions avec dans un nombre croissant de pays, le retour de l’insécurité alimentaire et en Afrique dernièrement, de la famine. Dans le domaine du végétal, les media se font l’écho depuis le début de l’année, de l’inquiétude des scientifiques qui prennent enfin la mesure de la menace qui pèse sur le devenir des forêts.
Enfin, l’affaiblissement du débit des eaux de surface affecte désormais la production d’énergie hydroélectrique tandis qu’en aval des cours d’eau, la baisse de l’étiage de nos fleuves ne permet plus de refroidir nos centrales nucléaires.
Gageons qu’avec le déficit d’alimentation des eaux souterraines qui se creuse toujours davantage sous l’effet d’une première sécheresse hivernale qui faisait suite à celle de l’été dernier, le secteur de l’approvisionnement en eau potable sera impacté sans tarder par le changement climatique.

Pour l’instant, c’est le régime des précipitations qui fait les frais du dérèglement mais les températures extrêmes sont relativement rares en France où il est encore possible de sentir épargné par le changement climatique. Cela semble logique car les températures sont sous l’influence d’une part des variations du rayonnement dicté par la position immuable de la terre par rapport au soleil et d’autre part, d’un équilibre désormais perturbé entre des masses considérables d’énergie – caractérisées par leur grande inertie – qui sont réparties à la surface de l’écorce terrestre. Au contraire du régime des températures, les précipitations qui en dépendent également, sont principalement influencées par des facteurs locaux que sont le relief, la végétation ou la proximité des masses d’eau. Partant de là, le régime hydrique est le premier des paramètres climatiques à pâtir du changement climatique.

En dépit de ce qui précède, l’humanité reste animée majoritairement par des comportements délétères encouragés par le capitalisme et la financiarisation, tandis qu’une opposition devient audible dans la cacophonie ambiante qui s’est emparée de l’espace médiatique.

Au sortir des années covid, le monde d’hier bat de nouveau son plein, ainsi qu’en témoigne la reprise effrénée du transport aérien et de l’hostellerie dont les prix erratiques n’ont plus aucun rapport avec leur coût réel. Nous assistons peut être aux derniers soubresauts du monde d’hier avec par exemple, la construction à la hâte des dernières piscines dont le marché est pour l’heure dopé par leur interdiction annoncée. Certains lobbies industriels profitent de la panique générale ambiante – avec la complicité des politiques qui libèrent des subventions sans discernement – pour édifier des éléphants blancs. Alors que la loi Zéro Artificialisation Nette vient d’être promulguée, la bétonisation du territoire va bon train, dans une sorte de frénésie alimentée par les cimentiers qui s’enrichissent sans vergogne sur le marché financier des permis d’émission de CO2, devenu très lucratif par une étrange ironie du sort.

Sur le front du combat pour l’environnement, la violence s’invite désormais dans des luttes contestataires où l’opinion publique se heurte à des régimes autoritaires dans le monde entier et même en France, comme à Sainte Soline. Notre gouvernement vient de dissoudre le mouvement des « Amis de la Terre » après avoir promulgué un moratoire sur les mesures qui entraveraient la croissance économique au nom de la défense de l’environnement. Les opposants à la ligne ferroviaire Lyon Turin s’opposent à un maître d’ouvrage qui justifie la poursuite de son projet sous prétexte que les travaux ont déjà été entamés, tout comme son homologue en charge de l’édification de l’A69 qui devrait relier Castre à Toulouse.

A l’évidence, l’année 2023 semble être celle d’une prise de conscience générale qui marquera sans doute un tournant. Espérons que la reconnaissance de la gravité du phénomène sera suivie d’une adaptation proportionnée à son ampleur.


À la Une

Tandis que les décideurs s’alignent sur la position d’une communauté scientifique manifestement dépassée par changement climatique, je pense qu’il leur faut passer outre ses incantations pour agir au nom du principe de précaution.

Après avoir finalement admis que l’été caniculaire de cette année était lié au changement climatique, les spécialistes du GIEC affirment avec un optimisme béat que ce type d’évènement n’a qu’une chance de survenir tous les vingt ans. Alors qu’ils n’avaient pas vu venir il y a un an seulement les manifestations extrêmes du climat qui ont frappé et continuent de frapper cette année de nombreux pays, leur aplomb ne manque pas de surprendre un observateur attentif au fait que les accès de chaleur sont de plus en plus fréquents depuis l’ouverture de ce blog. Ne doutant de rien, les mêmes experts déclarent dans la foulée qu’ils avaient sous-évalué le réchauffement qu’ils estiment dorénavant de 3,4°C à l’horizon 2100, c’est-à-dire dans 70 ans. A cette échéance relativement lointaine pour l’homme, la précision à une décimale près du pronostic est pour le moins inattendue. Depuis des années, ces prétendus sachant ne cessent de réviser à la hausse leur estimation en matière de réchauffement tandis que la fréquence accrue du nombre d’anomalies météorologiques les prend toujours davantage au dépourvu. En d’autres termes, l’actualité nous rappelle au quotidien que la réalité du changement climatique et à fortiori du dérèglement, échappe aux experts. Ce fait est régulièrement rappelé dans ces pages où j’émets d’ailleurs des hypothèses sur les causes de leur aveuglement (cf. article du 17 janvier 2021).

Pourtant, les média tout comme les politiques continuent de leur accorder du crédit, probablement parce que la science est supposée toute puissante et que l’homme soit disant moderne ne peut plus accepter l’idée qu’un phénomène naturel lui échappe. On peut également penser que nos gouvernants – d’autant plus convaincus du pouvoir de l’homme sur la nature qu’ils sont dépourvus de culture scientifique – nient l’évidence pour ne pas remettre en question le dogme de la croissance économique sur lequel repose le bonheur des électeurs pendant la durée de leur mandat. Car pour ces derniers, la perspective de revenir sur les acquis et les promesses du progrès technique en termes de confort matériel, serait douloureuse et en outre délicate sur le plan pratique dans un contexte où la sécurité de l’emploi de chacun d’entre nous dépend de cette croissance. Aux freins précédents s’ajoute le fait qu’une posture scientiste complaisante présente l’avantage de conjurer l’absence de visibilité sur l’avenir et ainsi de ne pas inquiéter les peuples. Car l’adhésion de ces derniers au discours rassurant des scientifiques retarde l’échéance à laquelle il leur faudra affronter l’idée d’une remise en cause de leur existence et partant de là, du sens de leurs actes.

Je pense personnellement que l’absence de prédiction vaut mieux qu’une prédiction fausse étant donné son impact sur nos décisions en matière d’adaptation et partant de là, sur notre destin. Le risque de ne pas prendre la pleine mesure du phénomène est bien sûr de reporter à plus tard les décisions qui s’imposent. Je pense que c’est au nom du principe de précaution – qui prime pourtant dans nombre de domaines tels que la sécurité routière ou l’alimentation – qu’il nous faut agir sans attendre. Autrement dit, les politiques devraient passer outre les incantations rassurantes du GIEC pour nous préparer au pire scénario. S’il ne se vérifiait pas, les mesure radicales qu’ils seraient amenés à prendre ne seraient en aucun cas préjudiciables à notre sort alors que dans le cas contraire, le fait de tenir compte d’hypothèses erronées serait fatal pour une humanité prise au piège d’un obscurantisme de bon ton.

Notre lucidité dépend d’abord de notre capacité à accepter la réalité du changement climatique et l’un des objectifs visés par ce blog est justement de sensibiliser ses lecteurs à ce méta-phénomène. Après 3 ans d’existence, il a suscité jusqu’à ce jour de novembre 2022, l’intérêt de 500 visiteurs dont la fréquentation reste constante au fil des années. Ce résultat somme toute modeste est obtenu en l’absence de toute démarche de référencement ou promotion, à l’exclusion de 3 e-mailings destinés à un ensemble de personnalités qui s’expriment dans les média sur le thème du climat et ses liens avec l’alimentation (cf. 17 janvier 2021). Alors que j’attendais d’abord de mes lecteurs qu’ils déposent des commentaires pour contredire les raisonnements exposés dans les différents articles, aucun d’entre eux ne s’est manifesté. Par conséquent, j’ignore quelle est la portée de ce blog et j’espère au minimum qu’il alimente leur réflexion. J’en ai parfois la confirmation au travers du discours relayé par les média, de certaines personnalités telles que Jean Marc Jancovici par exemple, qui reprenait à son compte certaines hypothèses soulevées dans ces pages lorsqu’il s’emparait récemment du sujet alimentaire. Je constate d’autre part que la communauté des agronomes spécialisés sur le changement climatique – à qui j’avais fait part de l’existence de ce blog – cesse progressivement d’invoquer le phénomène du réchauffement climatique pour mettre en avant celui du dérèglement. Si je n’ai pas le prétention d’ avoir infléchi leur discours, ce glissement sémantique semble démontrer que les lignes bougent avec l’espoir que les politiques s’emparent enfin de la cause.


À la Une

A défaut d’avoir un impact significatif sur le changement climatique, l’emboisement de la planète répond surtout aux motivations inconscientes et subjectives d’une humanité qui lui trouve par ailleurs du sens dans une logique économique de court terme.

Depuis quelques années, je constate que l’arbre prend une place prédominante dans notre rapport au vivant et ce dans tous les domaines. En témoignent les évolutions en cours des secteurs de la construction et de l’énergie, l’essor relativement récent de l’accrobranche, la parution de nombreux ouvrages tels que La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben ou L’arbre monde de Richard Powers, ou encore les vertus qu’on prête aux arbres dans l’activisme contre le changement climatique – qu’il s’agisse du l’habitabilité de nos villes de moins en moins vivables ou de la séquestration du C02 de l’atmosphère.

En passe de devenir sujet, l’arbre objet est à l’évidence investi d’une valeur symbolique au même titre que le loup. Comme cette espèce pour le règne animal, il est le représentant le plus visible du règne végétal aux yeux de l’homme. Non seulement au vu de sa taille et de l’espace qu’il occupe – par opposition aux animalcules et autres microorganismes invisibles ou souterrains – mais également par un rang comparable au sommet de l’échelle de l’évolution et des écosystèmes, en lequel l’homme se reconnait vraisemblablement. En outre, ce dernier fait face à la réalité nouvelle d’une communauté de destin avec la société des arbres dont il se sent d’autant plus proche et solidaire qu’il est désormais confronté au changement climatique, à l’égard duquel la société des arbres joue un rôle de premier plan.

Paré de mille vertus par ces temps de transition écologique, l’arbre est réhabilité comme matériau de construction à l’heure où la pression du secteur du BTP sur les ressources naturelles saute aux yeux de l’homme. Dans le domaine de la production d’énergie, il est envisagé comme alternative aux énergies fossiles, comme le prouve le fait que de plus en plus d’acteurs économiques s’équipent de chaudières à biomasse ou de poêles à granulés sans même se poser la question de l’emprunte carbone des filières d’approvisionnement en matières première. Cet emballement soudain est supposé palier la raréfaction des énergies fossiles tout en freinant le réchauffement climatique.

Pourtant, l’exploitation continue des arbres pour produire de l’énergie remet en cause l’intérêt du reboisement comme moyen de stockage du C02 atmosphérique, tout simplement parce que leur combustion revient à libérer de nouveau le CO2 qu’ils avaient séquestré pendant leur croissance. L’arbre est donc assurément une source d’énergie renouvelable mais certainement pas durable au sens anglo-saxon du terme.

Pour une autre raison, je mets en doute l’efficacité du reboisement que les spécialistes prônent comme levier d’action principal contre le réchauffement climatique. Je ne comprends pas comment une seule génération d’arbres – même à supposer qu’elle recouvre la totalité des terres émergées – serait en mesure de capter le volume de CO2 libéré par l’essentiel des réserves en énergie fossile, dans la mesure où cette quantité résulte du stockage d’une quantité considérable de CO2 contenu dans l’atmosphère primitive, par l’ensemble des végétaux qui ont proliféré au long de millions d’années sur la planète. Ce sont ces derniers qui ont permis in fine l’émergence de la vie en substituant au CO2 des origines, l’oxygène que nous respirons aujourd’hui (cf. article du 17 janvier 2021). En vertu du principe que rien ne se perd mais tout se transforme, se pose de toute évidence un problème de disproportion entre le mal et le remède concernant le CO2. Et ce même en ramenant la quantité libérée dans l’atmosphère par les énergies fossiles, au reliquat de 10% qui n’a pas été absorbé par les océans. Afin d’avoir une idée de la surface de forêt qui serait nécessaire pour capter ce reliquat et pouvoir ainsi valider l’hypothèse précédente, je serais curieux de savoir quelle est la contrepartie d’un volume donné d’énergie fossile, exprimé en hectare de forêt nécessaire à sa genèse. A supposer que la réponse valide l’option du reboisement comme solution crédible, se poserait de toute façon la question de l’accès au CO2 diffus dans l’atmosphère pour une infime strate de végétation fixée sur une partie de la surface des terres émergées.

En dépit des réserves exprimées ci-dessus, l’humanité semble résolue à s’engager sur la piste du reboisement sur la planète là où c’est possible. Je crains personnellement que cet emballement n’entraîne une bulle économique dans la mesure où à court terme, l’offre sera très probablement dépassée par la demande. De ce point de vue, la forêt est sans nul doute promise à un avenir radieux en tant que placement financier, au même titre que le foncier agricole. Du moins à court terme car ma réflexion conduit à penser qu’à moyen terme, l’avenir de la forêt est sérieusement menacée par le dérèglement climatique (cf. article du 26 décembre 2019). En attendant que l’homme se rende à cette évidence, la loi du marché favorisera l’expansion des forêts cultivées car le temps long nécessaire au développement d’une forêt naturelle – plusieurs siècles contre une cinquantaine d’années – est disproportionné par rapport au temps court de notre économie de marché et surtout, face à l’urgence du changement climatique qui nous impose d’agir au plus vite.

A cet égard, le niveau d’exposition de la forêt cultivée au dérèglement pose un défi technique de taille à l’homme car elle est caractérisée par une croissance rapide qui va de pair avec une qualité médiocre du bois et un enracinement superficiel qui induit un appauvrissement de la vie souterraine. Ces facteurs de risque fragilisent les arbres « domestiques » qui sont davantage vulnérables aux maladies ainsi qu’aux caprices de la météo et aux incendies, ainsi que l’a démontré cet été l’écosystème appauvri de la forêt landaise. Cette réalité échappe au profane pour qui la forêt – d’apparence immuable à l’échelle d’une existence humaine car elle s’inscrit dans le temps long et se démarque par sa grande taille – apparait paradoxalement comme la composante la plus robuste et partant de là, la plus stable et du règne végétal. C’est justement parce qu’il est difficile pour un œil non averti de faire la différence entre une forêt naturelle et une forêt jardinée et ce d’autant plus que cette dernière est devenue la norme de nos espaces supposés sauvages, que nos contemporains auront du mal à accepter l’idée que l’arbre est un géant aux pieds d’argile dont l’existence est précaire au point que sa généralisation est une solution caduque au changement climatique.

En somme, l’humanité est à la veille d’une explosion de la demande en arbres – avec des attentes démesurées à leur égard – au moment même où leurs conditions d’existence deviennent précaires. Elle n’a pourtant pas d’autre choix que celui de répondre à ces attentes par un « emboisement » de la planète qui lui pose un défi technique de taille. Loin d’être opposé par principe à cette solution qui fait consensus et ce bien qu’elle me semble très insuffisante, je suis au contraire de ceux qui pensent qu’il est nécessaire de planter des arbres et qu’un arrêt de la déforestation est sans aucun doute indispensable, au même titre qu’un ralentissement de l’activité du BTP. Mais je m’insurge contre la pensée magique au nom de laquelle ces actions auront un impact significatif sur le changement climatique. Je pense que la piste du reboisement répond d’abord à l’envie d’une vision portée par une représentation idéalisée de l’arbre en tant que symbole et support de la vie dont l’homme se découvre subitement partie prenante. Je pense que réhabilitation de l’arbre vise d’abord à rassurer une humanité qui a besoin de croire dans la possibilité d’une issue au changement climatique. D’autre part, elle a pour fonction de déculpabiliser l’homme au moment où il fait face à sa responsabilité dans la dégradation de l’état de la planète, qu’il s’agisse du changement climatique ou de la perte de biodiversité.


À la Une

L’actualité valide toujours davantage les hypothèses soulevées dans ce blog depuis sa naissance tandis qu’affectée par une fièvre de consommation irrépressible, l’humanité reste dans le déni sur fond de retour aux espaces naturels sur lesquels elle exerce une pression difficilement soutenable.

The news still confirms the ideas raised in this blog since its birth whereas mankind, sick with an irrepressible consumer fever, remains in denial while coming back into the wild by exerting non sustainable pressure on it.

Contre toute attente, je constate que l’accélération fulgurante du changement climatique et ses conséquences confirme un nombre croissant d’hypothèses soulevées dans ce blog depuis sa naissance il y a seulement trois ans. L’hiver précoce marqué par des températures relativement basses sur une période prolongée, fut contrebalancé par un été torride qui s’avère être l’un des plus chauds de l’histoire. Au vu de ces trois dernières années, je reste saisi par le rythme du changement climatique qui s’inscrit dans le temps extrêmement court de l’anthropocène.

Les deux millénaires d’histoire de l’homme et à fortiori les deux siècles d’ère industrielle qui couvrent la période durant laquelle se sont exercées les causes à l’origine du changement climatique, sont éphémères à l’aune des temps géologiques. Mais ce qui est pour le moins sidérant, c’est l’échelle de temps sur laquelle se manifestent aujourd’hui les conséquences du phénomène.

L’accélération est vertigineuse au point que le changement climatique est désormais perceptible sur un pas de temps inférieur à celui d’une génération. L’observateur âgé de plus de cinquante ans que je suis, est frappé par la fréquence toujours accrue du nombre d’évènements météorologiques aberrants et notamment le fait que les médias se font de plus en plus souvent l’écho de nouveaux records absolus de température partout sur la planête. C’est à l’aune de la dernière décennie que l’accélération est tangible pour ceux qui sont à l’écoute de l’actualité et qui veulent bien prêter attention aux transformations brutales de leur environnement. Parce que je suis d’une part domicilié dans les Alpes où le phénomène est deux fois plus marqué qu’ailleurs (avec par exemple la quasi disparition des petits glaciers du massif de Belledonne et la raréfaction des épisodes hivernaux propices à l’onglée dans le Vercors sur la dernière décennie) et d’autre part passionné par la nature et les activités de plein air, j’ai « mal à ma planète » au point d’être atteint d’éco-anxiété aigüe et de me reconnaitre malgré moi dans la définition du collapsologue, nonobstant ma nature positive et optimiste.

Affectée par le syndrome de la grenouille qu’Al gore évoquait lors de ses conférences sur le changement climatique, l’humanité semble manifestement s’accommoder du phénomène et n’en finit pas de marcher toujours davantage sur la tête.

A l’heure où le déclin rassurant de la population mondiale semble se profiler, la fièvre du SUV et du camping-car s’empare du monde développé tandis que l’attrait des pays dits avancés pour la moto n’a jamais été aussi vif pour notre société individualiste gagnée par une fièvre de consommation irrépressible. D’autre part, le modèle d’aménagement du territoire à l’américaine se généralise avec de jeunes ménages qui s’éloignent des centre-ville pour s’installer dans des pavillons dotés de jardin avec piscine attenante autant que faire se peut, au prix d’un recours inévitable aux transports motorisés et d’une emprise au sol accrue. Par ailleurs, le marché des appartements explose dans cités de plus en plus vastes où on n’en finit pas de raser les maisons individuelles pour édifier des immeubles collectifs. La dynamique de stérilisation des espaces naturels ne s’est jamais aussi bien portée, ainsi qu’en témoigne l’expansion des autoroutes, centres commerciaux et autres bâtiments d’entreprise en tôle, qui s’étendent à mesure qu’on déserte les anciennes friches commerciales et industrielles en déshérence.

Dans le même temps, le signal positif d’un retour en masse vers les espaces naturels depuis le Covid, pose le problème d’une hyper-fréquentation de nos montagnes.

Cette dérive laisse de moins en moins de place à la faune sauvage dont l’accès à l’eau est menacé par l’explosion du nombre de campeurs qui fréquentent désormais les lacs d’altitude pour échapper aux villes surchauffées. Encouragés par le covoiturage et pire, par le succès grandissant du VTT à assistance électrique, les urbains de tout poil sont de plus en plus nombreux à se laisser porter vers ces destinations autrefois réservées aux marcheurs aguerris, entrainés et déterminés. Comme en ville où le développement des vélos et trottinettes motorisées est manifestement hors de contrôle, je constate qu’au lieu de se substituer aux mode de transports CO2-émissifs, les 2-roues électriques sont devenus pour la plupart de leurs usagers, une alternative aux transports en commun et à la bicyclette, quand ils ne les incitent pas à se déplacer davantage. Par ailleurs, le retour à la nature s’exprime au travers d’une expansion de la communauté des chasseurs que rejoint une frange de nouveaux pratiquant plus jeunes, convertis par la baisse récente du coût du permis.

A terme, je doute qu’en demeure de décarboner nos rêves, nous n’ayons d’autre alternative que celle de réguler le nombre de visiteurs qui auront accès aux espaces naturels.


À la Une

En réponse à la menace du changement climatique, la gestion raisonnée d’écosystème immergés à base d’algues dans des réacteurs biologiques insérés dans des smartgrids alimentaires, pourrait suffire à nourrir l’humanité à partir de l’eau, de l’air et de la lumière.

In response to the threat of climate change, managing submerged algae-based ecosystems in reactors embedded in agri-food smartgrids could be sufficient to feed mankind with just water, air and light

Organisée par l’homme, l’ensemble de l’agriculture peut être définie comme une chaine alimentaire sous perfusion d’énergies fossiles. Au sommet de cette chaine, la filière animale repose intégralement sur la filière végétale qui dépend notamment des engrais et pesticides dérivés du gaz et du pétrole. La vocation première de cette filière végétale est par le biais de la photosynthèse, de stocker sous forme de sucre l’énergie lumineuse émise par le soleil. C’est à partir de ces glucides que les plantes et animaux d’élevage sont à même de synthétiser les autres lipides et protéines nécessaires au miracle de la vie et partant de là, à notre alimentation. C’est en ce sens que la réaction photosynthétique propre au règne végétal est une condition nécessaire à la survie de la biosphère et donc de l’humanité.

Au fil des différents articles parus dans mon blog, un cheminement logique m’a conduit à croire qu’à terme, la production de végétaux est menacée par le dérèglement climatique auquel est exposé leur appareil aérien. A cet égard, les arbres seront probablement les premières victimes du dérèglement et les modes de production végétale actuels ne sont certainement pas pérennes.

Je pense que la culture d’algues vertes – celles qui sont aptes à la photosynthèse – est une parade possible à la menace. Hébergée dans une phase aqueuse qui fait office de milieu tampon grâce à son inertie thermique, elles sont relativement préservées des variations brutales de la météorologies. En outre, les algues ont l’avantage sur la plupart des autres végétaux et notamment sur les grandes cultures qui sont à base de notre alimentation, d’occuper l’espace dans les trois dimensions en échappant à la loi de la gravité qui les dispense de ce fait d’un système racinaire encombrant. Distribuées verticalement, elles sont en mesure de maximiser la quantité de lumière photosynthétique interceptée par unité de surface, pour une emprise au sol minimisée.

A la même enseigne que la majorité des végétaux, les algues vertes dépendent néanmoins de la fourniture d’azote qui est indispensable à la synthèse des protéines, à commencer par celle de la chlorophylle. Aujourd’hui, l’agriculture pourvoit au besoin des espèces cultivées par l’apport d’engrais azotés fabriqués à partir des énergies fossiles. Or nous savons que la production de ces engrais n’est pas soutenable à long terme. C’est la raison pour laquelle l’humanité sera en demeure de réhabiliter le mode d’obtention naturel des engrais dont bénéficie la famille privilégiée des légumineuses à laquelle appartiennent les luzerne, pois ou haricots. La production d’azote assimilable par les plantes repose chez ces espèces, sur la capacité de bactéries symbiotiques des racines (les Rhizobiums) à fixer l’azote gazeux naturellement disponible dans l’air que nous respirons. Cette voie métabolique originale étant exclusive aux légumineuses, il est logique que ces dernières aient tenu leur place pendant des millénaires dans le système de rotation triennale qui prévalait avant la généralisation de la monoculture concomitante de l’industrie des engrais. A défaut d’énergies fossiles, la réduction de l’azote de l’air par les bactéries nitrifiantes hébergées par le système racinaire des légumineuses est donc une condition nécessaire à la production de végétaux.

En somme, l’ensemble de l’agriculture repose sur deux processus naturels clef propres aux végétaux que sont la photosynthèse et la réduction de l’azote de l’air. A supposer que le scénario d’une filière végétale immergée se vérifie pour les motifs exposés plus haut, elle se doit d’incorporer des organismes photosynthétique qui seraient à même d’assurer la fonction vitale d’auto-fertilisation. Si ce genre d’organisme n’est pas encore constitutif de la flore des milieux aquatiques dont une grande part reste à explorer, gageons que l’homme sera en mesure de les concevoir sans tarder au moyen des biotechnologies. Cette étape décisive ouvrirait la voie à la genèse d’écosystèmes immergés où de tels organismes « augmentés » dotées de la potentialité des rhizobium, seraient associées  aux algues vertes. La disponibilité de l’azote de l’air étant indispensable au processus, on peut imaginer qu’un brassage mécanique du milieu de culture au moyen de sources d’énergies éolienne ou photovoltaïque ferait partie du dispositif de production. Au-delà, l’incorporation d’autres organismes planctoniques capables de synthétiser des protéines – à l’instar de la filière animale – pourrait complémenter ce type d’écosystème induit pour viser l’autosuffisance alimentaire. Sous la forme de réacteurs « autarciques » intégrés dans des smartgrids alimentaires comparables à ceux qui émergent actuellement dans le domaine de l’énergie, de telles unités de production décentralisées permettraient de fabriquer sur un mode durable l’ensemble des aliments nécessaires à l’espèce humaine à partir de l’eau, de l’air et de la lumière. Relativement simple sur le plan écosystémique, ce type de réacteur caractérisé par une emprise au sol avantageuse, serait géré automatiquement au moyen d’une informatique de régulation de process standard.

Envisagé comme substitut de l’agriculture conventionnelle qui dépend du sol et des énergies fossiles, ce modèle est le seul qui me semble à même de résoudre le problème de leur pénurie annoncée. Dans le domaine de l’agriculture, nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins avec de nombreuses initiatives qui visent à nous affranchir du sol et du climat. L’agriculture dite indoor – à savoir une agriculture en milieu totalement contrôlé – sera une tendance lourde à l’échelle globale. Certaines installations de ce type ont aujourd’hui vocation à produire de la protéine animale hors-sol sous forme d’insectes par exemple. En tant qu’alternative à la filière viande qui questionne désormais l’humanité du fait de son emprise au sol et de la souffrance animale, cette option est pourtant caduque dans la mesure où elle nécessite en amont la production d’aliments de nature végétale, ce qui ne fait que déplacer le problème. C’est la raison pour laquelle la culture d’algues sur le mode décrit ci-dessus me semble être la seule piste viable pour satisfaire à terme, les besoins alimentaires de l’humanité.


À la Une

Les journalistes confirment chaque jour l’accélération du changement climatique et son impact sur notre alimentation, alors que la communauté scientifique persiste à minimiser l’ampleur de la menace avec pour conséquence l’inaction des politiques

Les records de chaleur se succèdent d’une manière devenue tristement banale avec le mois de juillet le plus chaud à l’échelle planétaire cet été, confirmant l’emballement du réchauffement. La multiplication des manifestations du dérèglement est perceptible aux yeux d’un lecteur au fait de l’actualité, qu’il s’agisse cet été de la canicule inédite qui frappait l’ouest nord-américain, des inondations survenues dans plusieurs pays d’Europe ou encore des perturbations actuelles du régime des moussons en Asie. Ces dernières réduisent à néant la récolte des ressortissants de la zone tandis que celle des fermiers nord-américains fut anéantie par la canicule, revalorisant du même coup le marché des céréales au profit des agriculteurs européens. En bref, les difficultés des terres agricoles à nourrir les peuples se multiplient à mesure que le dérèglement s’amplifie, tandis que les forêts du monde entier s’embrasent toujours davantage.

Pourtant, le GIEC persiste à minimiser l’ampleur de la menace puisqu’il n’hésite pas à conclure dans son dernier rapport, qu’une augmentation de la température moyenne planétaire de seulement 1,5°C est toujours possible, même si ce seuil serait atteint beaucoup plus tôt que prévu. La litanie rassurante du réchauffement occulte la menace du dérèglement. Même pas mal. Face à l’ampleur de la menace, cette prise de position du GIEC me semble irresponsable sachant que l’action des politiques est pour l’instant loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Peut-être parce qu’ils sont distraits tout comme les populations, par les préoccupations immédiates liées au Covid. Alors qu’une action urgente est requise compte tenu de l’aggravation accélérée de la situation climatique et du temps nécessaire à la mise en œuvre des solutions. Je pense que l’une des raisons de l’inconséquence de la communauté scientifique tient au fait qu’aveugle aux liens entre le dérèglement et l’agriculture, elle n’a pas encore pris la mesure de la gravité des conséquences de l’un sur l’autre.

Combien de temps faut-il encore attendre avant que le GIEC change de grille d’analyse du changement climatique ?


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Tandis que l’horticulture séduira les investisseurs privés, les grandes cultures feront l’objet d’un retour en force de la collectivisation

While horticulture is attractive for private equity, return to collectivization will be the trend for field crops

Je découvre au fil de l’actualité que la réalité rattrape les hypothèses que j’avais soulevées il y a deux ans. Ce printemps, une série d’anomalies météorologiques confirme de facto que le dérèglement climatique douche les espoirs de récolte de nombreux agriculteurs. Ceux des viticulteurs et des producteurs de fruits à noyaux ont été mis à mal par la douceur et le gel qui se font suite de manière désordonnée, sous l’effet de la perturbation d’un courant aérien planétaire (le jet-stream). Je suppose qu’elle était provoquée par l’écart de température croissant entre notre latitude et celle des pôles dont la fonte s’accélère de façon vertigineuse. Au-delà de ce phénomène, j’imagine que le dérèglement sera aggravé par la perturbation des courants marins probablement retardée par l’inertie thermique des masses d’eau. Quant on sait que c’est du gulf-stream que dépend notre climat tempéré, on peut s’attendre à une remise en cause des conditions climatiques en France. Les media nous apprennent que le GIEC s’apprête à publier cet été son nouveau rapport qui revoit à la hausse l’impact du changement climatique désormais qualifié de cataclysmique. Ils confirment ainsi les réserves que j’avais soulevées quant à la valeur très relative des pronostics de la communauté scientifique. Dans les post du 23 octobre 2019 et du 17 janvier de cette année, j’échafaudais quelques hypothèses sur les causes de son impuissance à se prononcer sur la question du dérèglement.

Face à la réalité du changement climatique, l’agriculture persiste à se cristalliser sur des solutions qui me semblent insuffisantes. Agroécologie et décalage des cultures dans le calendrier ou dans l’espace répondent timidement à l’enjeu du réchauffement mais ne sont pas à la hauteur de celui du dérèglement qui est sans aucun doute amené à s’amplifier partout. La sélection d’espèces ou variétés tolérantes aux manifestations extrêmes du climat est plus adaptée mais loin d’être proportionnée à l’ampleur du phénomène.

La solution d’une « mise sous cloche » de l’agriculture me parait incontournable pour pouvoir faire face à la détérioration des conditions météorologiques. En d’autres termes, la culture sous serre est promise à un avenir radieux car elle permet de s’affranchir des perturbations du climat extérieur avec en outre l’avantage de rendre possible la maîtrise des consommations intermédiaires en eau et en engrais tout en limitant l’usage des pesticides.

Ce recours est envisageable pour les cultures vivrières mais il n’est malheureusement pas réaliste pour les grandes cultures qui constituent notre alimentation de base. Car le rendement de ces dernières dépend directement de l’activité photosynthétique et partant de là, de la surface d’interception de la lumière par le couvert végétal dont l’emprise au sol est nécessairement considérable. Par conséquent, le coût financier tout comme l’emprunte carbone de serres qui seraient destinées à abriter des céréales, oléagineux ou protéagineux, est rédhibitoire. Au contraire du maraichage sous serre, l’agriculture de plein champ est donc loin d’être une activité parfaitement maîtrisée puisqu’elle dépend à la fois des conditions édaphiques et encore plus des conditions météorologiques. Il est donc évident que les grandes cultures subiront de plein fouet les assauts du dérèglement climatique sur fond de pénurie en énergie fossile.

Le bon sens me conduit à penser que pour ces productions, les options suivantes sont incontournables :

Retour vers une collectivisation de l’agriculture.
En France, le dérèglement induit déjà une hausse sensible du prix des denrées végétales avec pour conséquence l’inégalité d’accès à une alimentation de qualité, gage de santé pour la population. La menace imminente est celle de la pénurie qui se vérifie déjà dans certains pays davantage exposés au dérèglement. A moyen terme, l’enjeu alimentaire redonnera certainement à l’agriculture la place majeure qu’elle mérite au regard de son caractère vital. Confrontés à cette réalité, les politiques devront acheter la paix sociale en garantissant d’une part la sécurité d’approvisionnement des peuples et d’autre part en sécurisant le revenu des actifs agricoles. Car la diminution incessante du nombre d’agriculteurs qui peinent à transmettre leur exploitation ou l’augmentation du nombre de ceux qui se suicident, démontre à quel point leur activité est vulnérable. A la volatilité des marchés agricoles de plus en plus ouverts au fil des révisions successives de la PAC s’ajoute celle d’une récolte de plus en plus incertaine sous l’effet du dérèglement climatique. Cet aléa n’est pas tenable pour des acteurs privés et notamment pour les entrepreneurs individuels que sont les agriculteurs. C’est pourquoi je suis convaincu que les états reprendront la main sur l’agriculture, à rebours du mouvement de libéralisation des années écoulées depuis l’origine de la PAC. En d’autres termes, subventions et revenu garanti pour les producteurs me semblent inéluctables au même titre que la nationalisation des terres. Les productions vivrières qui sont appelées à devenir des cultures sous abri, aiguiseront au contraire l’appétit des investisseurs privés certains d’avoir la main sur le rendement et partant de là, sur le produit d’exploitation et la profitabilité des entreprises.

Réhabilitation des stocks d’intervention.
Pour faire face à l’incertitude qui pèse sur le rendement dans chaque région sous le poids du dérèglement, les parades les plus évidentes seront celles de la dispersion des zones de production (sites backup) associée à la mise en réserve de la récolte là où elle est au rendez-vous. En d’autres termes, il me semble évident que les états – éventuellement propriétaires du foncier – devront « veiller au grain » en commerçant avec d’autres états ou négociants privés, pour gérer le niveau de stocks d’intervention afin d’assurer l’autosuffisance des populations sur le long terme. A n’en pas douter, cet outil de régulation du marché des grandes cultures reprendra des couleurs.

Renversement de priorité pour les agronomes.
Dans le contexte d’une précarité agronomique, il parait logique que l’objectif du rendement maximum cède le pas à celui de la sécurisation de la récolte. Car elle est antagoniste avec la course à la productivité qui se fait non seulement au détriment des externalités négatives de l’agriculture dont le producteur n’est pas encore comptable, mais également au prix d’une plus grande fragilité des cultures et leur environnement. Entre le choix d’une récolte la plus abondante possible et celui d’une possibilité de récolte, le dérèglement nous imposera sans aucun doute le dernier.

Autres matières premières végétales et décentralisation de la production
Au pied du mur du dérèglement, je suppose que l’humanité devra se tourner vers des matières premières alimentaires produites d’une part à l’abri des caprices de la météo et d’autre part, déployées dans les trois dimensions pour minimiser leur emprise au sol. Ce sont les algues qui me semblent être les plus adaptées à ce cahier des charges. En suspension dans un milieu liquide qui présente l’avantage d’amortir les fluctuations de température de l’atmosphère, elles sont réparties sur un axe vertical pour maximiser la surface d’interception de la lumière naturelle et partant de là, sécuriser la récolte d’assimilats. Associées à ces espèces autotrophes, d’autres organismes auraient à charge de convertir ces assimilats en protéines et lipides afin de couvrir la totalité de nos besoins alimentaires. Sur un mode comparable à celui de la production d’énergie dans l’avenir, des « smartgrid agricoles » à base d’algues seraient sans doute un futur possible pour viser l’autosuffisance alimentaire à l’échelle individuelle. Je doute personnellement des élevages d’insectes et autres avatars dans la mesure où ces options supposent de produire des matières premières végétales en amont et ne font de la sorte que déplacer le problème.


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Pour le secteur de l’horticulture, le temps est venu de s’inviter au grand bal du numérique

En dépit du caractère indispensable du numérique pour l’agriculture, c’est seulement aujourd’hui que la fée high tech se penche sur le berceau de l’horticulture après avoir jeté son dévolu sur d’autres secteurs d’activité plus rentables et plus faciles à appréhender tels que l’automobile, la chimie ou l’énergie.

La preuve en est que le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) avait investi depuis longtemps les secteurs précédents lorsqu’il ouvrait il y a cinq ans seulement à Grenoble, un poste destiné à la valorisation de son portefeuille de « briques technologiques » dans l’agriculture. J’observe d’autre part que sur le marché de niche de l’horticulture, la grande majorité des technologies proposées par les acteurs du numérique sont datées par rapport à l’état de l’art sur le marché de la grande consommation. En outre, les solutions commercialisées par la grande majorité de ces fournisseurs, sont généralement détournées de leur usage initialement prévu pour les besoins du bâtiment ou d’autres secteurs d’activité, avec une adéquation seulement partielle au besoin. Dans l’horticulture, les conditions d’utilisation drastiques tout comme une grande exigence technique, justifient pourtant le développement de solutions spécifiques. Dans le domaine de la régulation du climat sous serre par exemple, les équipements standard du bâtiment se heurtent à leurs limites dès lors qu’il s’agit de viser de façon précise et stable les nombreuses consignes demandées par le producteur (température, hygrométrie, lumière, taux de CO2, acidité et concentration en éléments nutritifs de l’irrigation). Cette performance est d’autant plus difficile à réaliser que l’enveloppe perméable et transparente de la serre impose l’influence du climat extérieur sur l’intérieur de l’enceinte où s’exerce en outre celle de l’activité transpiratoire du végétal.

Mise à part le manque de richesse de la filière agricole et l’étroitesse de ses débouchés, son retard en matière de technologie est probablement lié au fait que le vivant se prête difficilement à la standardisation ainsi qu’à la défiance d’une majorité de consommateurs et de (certains) agriculteurs vis-à-vis de la technologie qu’ils opposent à des processus agricoles supposés être naturels, ce qui est depuis toujours loin d’être le cas. En sanctionnant l’horticulture intensive par l’achat de produits issus de l’agriculture biologique ou raisonnée, la société civile incrimine les high-techs pour leur part de responsabilité dans l’industrialisation d’une agriculture fantasmée comme devant être nécessairement traditionnelle. La technologie est rendue implicitement coupable d’une régression dans notre rapport à l’environnement du fait des économies d’échelle qui vont de pair avec la standardisation tandis qu’au niveau social, le retrait de l’intervention humaine au profit de l’automatisation et de la robotique, la rend suspecte de taylorisme.

Je pense personnellement que face à l’urgence imposée par le dérèglement climatique et compte tenu de la nécessité de préserver les ressources en eau comme en énergie fossile tout en palliant la pénurie de compétences, nous avons d’autant moins le choix de nous passer des high tech que la demande en matières premières alimentaires de la part d’une population mondiale devenue pléthorique, est exponentielle. Et ce d’autant plus que le retour de la grande pauvreté conjugué à la mondialisation commerciale et financière, impose à l’horticulture une efficacité économique que la technologie rend désormais possible. De ce point de vue, les avantages du numérique l’emportent sans aucun doute sur ses inconvénients.

Nous sommes heureusement témoin d’un avènement des high tech qui dépasse de loin par son ampleur, le précédent des années deux mille. L’émergence très récente des internet des objets, big data, deep-learning, Intelligence Artificielle et autres technologies nouvelles qui bénéficient de l’expansion du cloud, exerce un effet de levier puissant sur l’innovation qui est à même d’étendre considérablement le champ des possibles dans l’horticulture. Cet avènement permettra sans aucun doute aux exploitations horticoles plus complexes et pour certaines de plus en plus grandes, d’accéder aux outils standards de l’industrie tels que les ERP et autres moyens destinés au contrôle de gestion ou à la traçabilité des process entre autres exemples. En vertu de l’adage selon lequel l’organe crée la fonction, il me semble clair que l’horticulture s’emparera des moyens précédents dès lors qu’ils seront rendus disponibles par les industriels du numérique. Je pense par conséquent que la question n’est plus de savoir si les technologies précédentes seront adoptées par les producteurs, mais quand elles le seront.

La réponse à cette question dépend du rythme d’adoption des innovations technologiques par ces derniers. Le recours aux high-tech étant conditionné par l’acquisition de compétences ad’hoc et par une capacité d’investissement sans commune mesure avec celle d’une majorité d’agriculteurs, ce rythme sera logiquement déterminée par celui auquel ils seront remplacés par des industriels. Gageons qu’avec une population agricole vieillissante – la moitié est âgée de plus de 55 ans – et la concurrence croissante qui s’exerce sur les marché agricoles, la substitution devrait s’opérer sur les 15 prochaines années. Je pense qu’avec le changement climatique et les difficultés croissantes pour produire notre alimentation, cette dernière devrait reprendre de la valeur et aiguiser les appétits d’investisseurs ou d’enseignes de la GMS qui auront besoin de sécuriser leur approvisionnement.

Au delà de cette mutation de l’agriculture, la vitesse à laquelle elle s’emparera des high-tech dépendra en premier lieu de l’effort de recherche des fournisseurs de technologie qui devient plus que jamais la première condition nécessaire à leur survie. Cette condition est sans aucun doute le nerf de la guerre dans le secteur des high tech où le fait de ne pas être en avance revient à être en retard. Aujourd’hui, l’abondance de l’offre en technologies nouvelles agit comme un facteur d’accroissement des inégalités entre les acteurs du numérique. Le fossé se creuse entre ceux qui sont à même d’en tirer parti et ceux qui sont voués à décrocher dans un secteur qui négocie actuellement son virage vers la maturité.

De fait, nous assistons au retrait progressif des pionniers que sont petites entreprises familiales qui avaient misé sur leur marché domestique mais qui n’ont plus les moyens de financer leur recherche du fait d’un parc de clientèle trop étroit. Disqualifiées par l’obsolescence de leur gamme, ces entreprises handicapées par leur petite taille n’ont guère d’autre choix que celui de disparaître ou de se cantonner au segment low-tech ciblé à juste titre sur l’agriculture extensive.

Quant aux entreprises de taille intermédiaire qui avaient parié sur le marché mondial en faisant le choix d’une stratégie fondée sur un investissement massif dans la vente et le marketing, elles découvriront à leur insu qu’elles auront fait fausse route. Nous sommes manifestement à un tournant qui impose l’évidence d’une voie unique aux acteurs du numérique en horticulture : celle de l’innovation. Il me semble évident que les entreprises qui ont un avenir sont celles qui orientent leurs ressources vers la R&D. Le retour sur investissement de cette dernière étant lointain, je pense que les sociétés qui sont aux mains d’un actionnariat dilué – du type fonds de pension par exemple – généralement avide de profits à court terme, sont voués à l’échec au profit des entreprises à capitaux privés.

Plus globalement, je pense que la tendance s’inscrit dans un changement de paradigme de l’économie de marché. Au sortir de la guerre, l’urgence de la reconstruction avait donné le pouvoir dans les entreprises, aux acteurs de la production. Au long des trente glorieuses, il passait aux mains des cadres du marketing et de la vente, sommés d’écouler les volumes excédentaire produits par les précédents. A l’ère de la connaissance et partant de là du numérique, c’est aux ingénieurs et techniciens qu’il incombe désormais de relever les nouveaux défis évoqués dans cet article.


Les conséquences du retard de la France dans les Ag-tech (art. 3 sur 4).

En l’absence de sursaut salvateur de la filière agricole française, une part de ses ressortissants pourraient décrocher. A moins qu’elles ne passent aux mains d’agro-industriels ou d’investisseurs off-shore, certaines exploitations pourraient d’autant plus perdre en compétitivité au profit des importations agricoles que leur mode de production est intensif en technologie.
Tandis qu’en amont de la filière, le retard de l’hexagone dans le domaine des Ag-tech placerait l’agriculture française sous la dépendance des solutions technologiques ou brevets détenus par des fournisseurs étrangers que sont les firmes de l’agrofourniture ou les Gafam en dernier ressort.
Car la pression de puissants facteurs de changement d’ordre économiques, climatiques et sociétaux, s’exerce brutalement sur les agriculteurs au moment même où l’avènement des high tech leur permettrait justement de s’adapter à la nouvelle donne. Il est par conséquent vital pour notre filière tricolore d’éviter l’écueil du mal équipement par suite de mauvais choix ou pire, celui du sous équipement.

Forts d’une culture du vivant qui s’exprime parfois au détriment des nouvelles technologies, certains agriculteurs font preuve d’un manque d’intérêt pour ces dernières en raison de nombreux déterminants listés dans le 2ème article de cette série paru le 7 mai dernier. Il en résulte un déficit de connaissances qui va de pair avec une absence d’exigence technique lorsqu’il est question d’investir dans l’équipement high-tech.

Au delà du premier critère de choix qui reste celui du prestataire local à même d’assurer le SAV, c’est le prix qui s’impose par défaut comme juge de paix dans bien des cas. Il est d’ailleurs abordé sous l’angle de sa valeur absolue alors que la notion de retour sur investissement serait plus indiquée pour faire le bon choix. Cette sensibilité au prix est d’autant plus un frein que la perte de compétitivité de certaines exploitations freine l’accès aux solutions high-tech qui sont de surcroît coûteuses au stade actuel de leur émergence sur un marché encore loin d’être à maturité.

Pour départager les offres, l’agriculteur peut également s’en remettre aux avis de supposés sachants que sont certains producteurs influents, conseillers agronomiques ou fournisseurs d’équipements tiers auxquels il prête une aura, lorsque ce n’est pas l’antériorité de la relation avec le contact commercial qui fait tout simplement la différence.

Au sein d’une profession agricole libertaire et technicienne qui a toujours été maîtrede son destin et qui peine à se départir du besoin de comprendre, il peut y avoir une défiance vis à vis du numérique à qui elle est sommée de s’en remettre. L’automatisation est souvent perçue comme une boite noire et l’avènement du cloud au détriment des solutions locales, fait surgir le spectre de la dépendance et de la confidentialité. Les producteurs les plus réceptifs à la technologie s’avèrent être paradoxalement les plus réfractaire car ils attendent généralement un système ouvert dont ils puissent comprendre et diriger le fonctionnement. Or le progrès technique souffle un vent contraire puisqu’il va justement dans le sens d’une automatisation de plus en plus portée par l’IA qui échappe à leur entendement.

En définitive, l’attitude de notre filière agricole vis à vis de la technologie et le comportement d’achat qui en découle, conduisent un certain nombre d’agriculteurs à sous exploiter le potentiel des Ag-tech. Pourtant, elles semblent incontournablespour relever les nouveaux défis du 21ème siècle. Sur des marchés agricoles de plus en plus perméables aux importations et à l’égard duquel une majorité de consommateurs est en demande de prix bas qui sont en voie d’être compatibles avec un niveau de qualité élevé, les producteurs sont désormais sommés de s’adapter au dérèglement climatique ainsi qu’à la raréfaction des facteurs de production qui va de pair avec une pression sociétale croissante sur les critères de durabilité. Au sortir de l’âge d’or des trente glorieuses marquées par la poursuite du sacro-saint rendement maximum, l’agriculture se doit d’élargir le spectre de ses objectifs car produire les quelques % de rendement supplémentaires qui font la marge ne suffit plus. Au terme d’une course à la productivité à n’importe quel prix, c’est la fin du quoi qu’il en coûte parce que les exploitants doivent non plus seulement performer dans l’agronomie jusqu’ici souveraine, mais de surcroît préserver les ressources. Comme je l’explique dans l’article du 4 février 2021, la principale promesse des high tech est à mon sens d’optimiser la répartition de ces dernières dans le temps et dans l’espace qu’elles soient naturelles (eau, lumière, chaleur, humidité, CO2, énergies fossiles), qu’il s’agisse d’intrants d’origine industrielle (engrais, pesticides, semences) ou même de main d’œuvre. En d’autres termes, les Ag-tech rendent possible une sobriété d’utilisations des moyens de production conjointement à une maximisation du rendement commercialisableobtenue par une maîtrise aboutie des conditions de culture dans les limites permises par le système cultural et le climat local.

Par un curieux hasard, c’est au moment précis de l’histoire où s’exerce brutalement la pression des différents facteurs de changement précédents, que les Ag-tech sont sur le point d’être dopées par une IAsur laquelle la proliférationimminente des datacenters et lirruption annoncée de l’ordinateur quantique exercerontsans aucun doute un effet de levier puissant. C’est le thème de l’article que je publiais le 18 février 2021 pour annoncer l’avènement du numérique dans le secteur de l’agriculture. Si la France manquait ce virage, sa compétitivité sur le marché mondial serait menacée. Alors que certaines nations concurrentes n’ont pas de freins à l’adoption de la technologie qu’elles abordent comme une opportunité, le refus de s’en emparer risque d’affaiblir les agriculteurs français les plus réticents.

Avec le déferlement d’une vague de départ en retraite liée au fait que la moitié d’entre eux a plus de 55 ans (1), l’agriculture française est au seuil d’une reconfiguration d’envergure. Le tiers de cette moitié de seniors ayant une descendance pour assurer sa succession, c’est donc un tiers du total des exploitations françaises qui changeront de main d’ici 2030 (2/3 de la moitié). Par conséquent, la compétitivité future de l’agriculture française dépendra non seulement de l’adoption des Ag-tech par la moitié deproducteurs dont l’âge est inférieur à 55 ans, mais également par les repreneurs du tiers des exploitations qui seront à vendreet dans une moindre mesure, par la minorité d’héritiers à qui seront cédées les exploitations restantes (1/6ème). Ces proportions me semblent varier en fonction de la profitabilité des exploitations qui dépend logiquement de leur intensité capitalistique et/ou la fertilité des terres. Dans le secteur hyper-intensif des serres chauffées, je constate dans mon réseau que sur la moitié des exploitations qui sont concernées par l’imminence d’un départ en retraite, la grande majorité s’organise pour une cession interne au giron familial et je suppose qu’il en est de même dans le grandes cultures pour celles qui sont établies dans les bassins les plus fertiles.

Plusieurs scénario de dessinent pour les exploitations qui changeront de main. J’écarte d’emblée celui de leur disparition qui induirait une contraction des surfaces cultivées car la ferme France – actuellement en tête des producteurs agricoles européens (1) et au 5ème rang mondial (2) – offre beaucoup d’avantages comparatifs, à commencer par ses atouts d’ordre pédoclimatiques ainsi qu’une filière agricole compétente et organisée à même de satisfaire les besoins d’une clientèle domestique en demande de produits locaux qualitatifs.

Pour répondre aux exigences de cette dernière en termes de prix, l’option de l’agriculture conventionnelle continuera très probablement de dominer à moyen terme. Car le low tech extensif sort à peine des limbes tandis qu’à l’opposé, l’horticulture indoor (en milieu totalement contrôlé) peine à rencontrer son marché en France. En atteste l’échec cuisant des quelques startups qui ont tenté l’aventure au tournant des années 2020. Au point qu’on peut d’ailleurs se demander s’il existe une demande latente de la part du consommateur qui semble ne reconnaître pour l’heure aucun avantage – qu’il soit tangible ou symbolique – à ce système cultural aussi singulier que celui du low tech extensif par la diversité des configurations techniques.

En fonction du profil des candidats à la reprise du tiers des exploitations qui seront à la vente d’ici 2030, j’entrevois différentes dynamiques d’adoption des Ag-tech :

  1. Dans un premier temps, je pense qu’une part d’entre ellesferal’objet d’une intégration horizontale par des agro-managers désireux de s’agrandir. Ces acquéreurs qui devront d’une part avoir une capacité d’investissement suffisante et d’autre part maîtriser l’outil de production, se tourneront vers les exploitations les plus rentables. Au voisinage de leur propre exploitation dans la mesure du possible, je suppose qu’ils cibleront les terres les plus fertiles ou les outils les plus intensifs en capital technique que sont notamment les serres. On peut imaginer que le taux d’adoption des Ag-tech par ces agro-managers sera variable et d’autant plus facile qu’ils sont jeunes et diplômés.
  2. Initié par la grande distribution etl’industrie agro-alimentaire,un scénario alternatif sera probablement celui d’une intégration verticale de la fourche jusqu’à l’assiette.

Pour sécuriser leurs approvisionnements et/ou capter une marge mise à mal par la loi Egalim (3) et ses prolongements, les détaillants qui écartent l’option d’un rapport de force équilibré avec les producteurs – Lidl ou Système U semblent privilégier cette approche – seront probablement enclins à élargir leur domaine d’activité pour s’affranchir de leurs fournisseurs. A l’instar d’Intermarché qui s’était doté de sa flotte de pêche, Auchan rachète depuis une dizaine d’années des terres agricoles avec l’ouverture prochaine d’une première ferme urbaine à Dunkerke, poursuivant l’objectif de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la semence jusqu’à la récolte (4). Pour l’heure, la GMS avant à pas feutrés pour éviter une levée de bouclier qui lui serait fatale dans la mesure où elle dépend des agriculteurs.

Tandis qu’Andros s’invite désormais à certains évènements techniques réservés à ces derniers, certains signes avant coureurs laissent d’autre part penser que certains acteurs de référence de la quatrième gamme pourraient à leur tour franchir le pas.

On peut imaginer que les entreprises précédentes ouvriront la voie à certains acteurs dominants de la restauration hors domicile tels que Mc Donalds voire les collectivités territoriales. Ces dernières soutiennent d’ailleurs la réhabilitation de quelques ceintures vertes autour de cantines sommées par l’état de s’approvisionner en produits bio sourcés localement.

Ces acteurs aval de la filière qui seront en mesure de passer à l’acte à partir du moment où ils auront intégré les compétences requises, cibleront le même profil d’exploitation que les agro-managers. Ils auront l’avantage sur ces derniers d’une capacité d’investissement en rapport avec la valeur des fermes les plus coûteuses. Rompus à l’usage des nouvelles technologies qui irriguent leur organisation industrielle, ils prendront d’autant plus facilement le virage des Ag-tech qu’ils auront recruté des cadres techniques qui ont suivi une formation agricole supérieure.

  1. Il en est de même pour le monde de la finance qui ciblera le même profil d’entreprise que les acteurs précédents de l’intégration verticale et ne tarderasans doute pas à entrer dans le jeu. Car je pense qu’avec la menace du dérèglement climatique, le secteur primaire et l’agriculture en particulier, retrouveront d’autant plus d’attrait pour le capital risque qu’à la base de la pyramide de Maslow, l’alimentation est une dépense contrainte qui gagnera sans aucun doute en valeur. C’est d’autant probable qu’au fil des rachats qui induiront un agrandissement des exploitations favorable à leur pouvoir de négociation avec les détaillants, l’agriculture reprendra la main sur ses marges.

Les investisseurs français n’ayant jusqu’ici montré aucune appétence pour cette activité soumise à certains aléas et jusqu’ici jugée peu rentable sur un horizon temporel de surcroît lointain, le scénario du rachat d’exploitations par leurs pairs hollandais ou chinois notamment, pourrait devenir réalité avant la fin de la décennie. Coutumiers du landgrabing, ces derniers se sont déjà accaparés certains vignobles du bordelais tandis qu’un nombre croissant de parcelles de grandes cultures du nord sont d’ores et déjà louées à des exploitants belges ou même hollandais qui ne manqueront pas de saisir les opportunités d’achat lorsqu’elles se présenteront en maraîchage sous serre. Passés maîtres dans l’agriculture hors-sol, ces nations du Bénélux ont su compenser l’étroitesse de leur territoire par une intensification des pratiques facilitée par le recours aux Ag-tech qu’elles adoptent d’autant plus facilement qu’elles sont d’obédience anglo-saxonne dans leur culture managériale. En l’occurrence, le succès de Booking ou d’AirBnB témoigne de leur aptitude à l’optimisation et la standardisation qui conditionnent les économies d’échelle préalables à l’industrialisation.

Je pense qu’à partir du moment où la spéculation prendra le pas sur l’économie réelle, les financiers assureront le relais sur les agro-managers qui auront su préempter les exploitations les plus accessibles. Peut être ces derniers seront-ils d’ailleurs tentés de remettre en jeu certain d’entre elles à la faveur de leur surévaluation.

  1. Last but not least, les fermes les moins profitables que sont les innombrable petites exploitations dispersées peu fertiles et/ou peu intensives en capital technique, suivront une dynamique parallèle à séquence celle des structures capitalistiques précédentes. Elles font le bonheur de néo-ruraux qui sont de plus en plus nombreux à s’engouffrer dans le trou d’air démographique de l’agriculture pour emprunter la voie de l’agroécologie et ses nombreux avatars. Sous couvert de motivations idéologiques, une part de ces primo-accédants chaperonnés par les néo-centres de formation agricole d’Hectar ou d’Unilasalle, se tournera vers les fermes les plus abordables parce que – nécessité fait loi – sa capacité d’investissement est limitée. Bien que les petits ruisseaux fassent les grandes rivières, il est difficile de prédire l’ampleur de ce phénomène de société qui reste pour l’heure le fait d’initiatives individuelles sporadiques qui tournent court dans bien des cas. Entre l’agriculture conventionnelle qui couvre autour de 80 % des besoins – loi de Pareto oblige – et l’agriculture indoor qui ne répond encore à aucune demande latente, l’essor de cette filière émergente dépendra de l’évolution du comportement d’achat des consommateurs. Il sera conditionné par la structuration des canaux de vente qui séparent ces derniers des producteurs qui peinent à trouver la viabilité economique. Pour dépasser cet écueil, certains agronomes dotés d’une compétence en économie tels que Nicolas Brulard, proposent des modèles d’organisation de la filière efficients qui se frottent actuellement à la réalité du marché.

Si les Ag-tech sont à mon avis indissociables de cette forme d’agriculture au sens où elles m’apparaissent comme une ingénierie bas carbone vertueuse sur le plan du rapport coût environnemental/bénéfices, je constate pourtant sur un salon tel que Tech&Bio, qu’une majorité de néo ruraux est pour l’instant réfractaire à leur adoption car elles sont probablement perçues comme un avatar de l’industrialisation qui va de pair avec la société capitaliste qu’ils réfutent. Une fois dépassé ce frein psychologique, je pense qu’au nom du pragmatisme, ils s’engageront d’autant plus facilement sur cette voie complémentaire de l’agrobiologie qu’ils ont une âme de pionniers et que ces paysans de la dernière heure sont majoritairement technophiles et connectés dans la sphère privée.

En attendant que les scénario précédents se vérifient, il n’échappera pas à un observateur attentif du commerce de détail, que le risque d’une délocalisation partielle des productions les plus intensives en capital technique n’est pas exclu. Si la ferme France est parvenue jusqu’à aujourd’hui à défendre ses positions sur le marché des légumes sous serre, tout un chacun peut constater dans les points de vente que certains concurrents qui se démarquaient jusqu’ici par des prix bas, se positionnent désormais sur le terrain de la qualité voire même de l’emprunte environnementale ou même du made in France. L’étiquette trompeuse des Serres du Mont Saint Michel dissimule un groupement hollandais de plus en plus présent sur les linéaires de tomate qui sont d’autre part submergés par l’origine marocaine qui s’engouffre sur le marché des petits fruits pour lesquels le coût de la main d’œuvre est à son avantage.

Ma crainte est confirmée par l’état de notre balance commerciale qui semble corrélé au taux d’équipement technique des différentes productions. Pour les cultures de légumes frais qui sont les plus intensives en technologie, le déficit de 3,7 Mrd€ en 2022, a été multiplié par trois en 20 ans. A contrario, les céréales dégagent un excédent de 10,7 Mrd€ qui a également triplé sur le même laps de temps (5).

Il s’avère d’autre part que la surface des exploitations est comparable entre origines géographiques pour les céréales avec une moyenne européenne à 69ha (6), alors que pour le maraîchage sous serre chauffée, la France décroche avec seulement 4,5ha (7) contre 6,5ha aux Pays Bas (8). L’écart type probablement très supérieur dans ce pays, témoignerait du fait que les sites d’une taille supérieure à 20ha y sont légion, tout comme dans les nouveaux pays producteurs de légumes sous serre tels que la Russie, le Moyen Orient ou la Chine qui développent depuis peu en complément d’une agriculture paysanne, une industrie maraîchère hyperspécialisée à vocation exportatrice.

Quant on sait que le coût d’achat d’un hectare équipé de serre chauffée dépasse allègrement 1 M€ lors que la valeur moyenne d’une ferme française n’est que de 225 K€ (5), on peut en déduire que si notre modèle d’agriculture familiale reste viable en culture de plein champ où l’intensité technologique est moindre qu’en maraîchage sous serre, la valeur de l’outil de travail devient hors de portée pour ceux qui sont tentés par cette activité. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que nombre de primo-accédants se tournent par la force des choses vers le modèle d’agriculture low tech en circuit court évoqué plus haut.

En faisant ressortir une corrélation entre le déficit commercial des productionset le taux d’équipementdes exploitations qui est inversement proportionnel à leur valeur et à leur surface, le faisceau des présomptionsprécédentes converge vers le scénario d’une érosion de nos parts de marché pour les productions les plus intensives en technologie. Les Ag-tech étant appelées à investir tous les systèmes de production à partir de celui du maraîchage sous serre qui progressera lui même en surface sous l’effet du changement climatique, on peut supposer que le décrochage de la ferme France dans le classement mondial se poursuivra si nos agriculteurs ne s’emparent pas de cette option pour s’industrialiser.

Certains peuvent penser que l’érosion de notre balance commerciale dans les cultures dites spécialisées n’est pas grave au regard de leur poids économique par rapport aux grandes cultures qui dominent en valeur. C’est non seulement ignorer le fait que ces dernières seront également concernées par l’intensification technologique à moyen terme, mais c’est surtout occulter l’enjeu de sécurité alimentaire et de santé publique qui sont propres aux cultures vivrières, sans parler de la question de l’emploi qui incitera sans doute les politiques – motivés par des visées électoraliste – à soutenir la filière maraîchage.

En attendant que l’état décrète les mesures qui s’imposent au-delà de l’effet d’annonce du volet agricole du plan France 2030 (9)dont l’ampleur n’est pas plus à la hauteur de l’enjeu que dans les secteurs de l’A.I. ou de l’hydrogènecertains agriculteurs prennent le taureau par les cornes. La filière du maraîchage sous serre qui reste le domaine d’application privilégié des Ag-tech, s’empare aujourd’hui de cette cause au sortir des années Covid qui furent marquées par un coup d’arrêt des investissements par suite de l’augmentation du prix du gaz et des équipements. A la faveur de la reprise des affaires, l’embauche soudaine et massive d’ingénieurs thermiciens et autres spécialistes de la data par la plupart des organisations de producteurs de tomates et de concombres, semble démontrer que l’interprofession a tiré profit de cet intermède pour prendre la mesure des enjeux liés à l’énergie, à l’eau et à l’emploi notamment. Pour les exploitations les plus intensives qui sont appelées à fournir l’alimentation de qualité à bas prix attendue de la majorité des consommateurs, ce revirement est le bienvenu et probablement plus efficace que l’injonction que les maraîchers adressent aux détaillants et aux consommateurs sur les réseaux sociaux pour qu’ils privilégient l’origine France (X).

Si la ferme France accuse un retard à l’allumage dans le domaine des Ag-tech, c’est également le cas des acteurs amont de la filière agricole. Le risque existe pour l’agriculture française et européenne dans une moindre mesure, de dépendre des fournisseurs de technologie américains voire asiatiques à moyen terme.

Dans le 1er article de cette série, je formulais le 29 mars 2024 l’hypothèse selon laquelle l’excellence de nos agronomes créatifs à démêler les liens inextricables du vivant qui est complexe par nature – par opposition aux « sciences dures » – explique à mes yeux pourquoi la France fut la locomotive de la dernière révolution agricole qui se déroulait en plein champ dans les milieux ouverts et non contrôlés du sol et de l’atmosphère. Avec des fleurons tels que les multiples filiales du groupe Limagrain ou certaines PMI familiales dynamiques telles que Gautier, notre nationfigure toujours en bonne place dans le secteur atomisé et toujours « artisanal » des semencesau titre de 1er exportateur mondial et de 1er producteur européen.

Par contre dans celui des produits simples et standards de l’industrie phytosanitaire où les économie d’échelle sont la clef de la compétitivité, elle n’est plus dans la course à l’issue d’une concentration extrême aux mains d’une poignée de multinationales d’obédience anglo-saxonne. J’en veux pour preuve le fait que depuis le rachat de feu Rhône-Poulenc par Bayer, le poids de notre nation dans l’agrochimie que domine l’Allemagne, est devenu peau de chagrin.

Tandis qu’elle est marginalisée dans ce secteur, elle tarde à monter à bord du train des AG-tech qui est en passe de démarrer. Dans ce domaine relativement nouveau, émergent actuellement de nombreuses startup spécialisées dans un nombre limité d’application généralement lié à un équipement.

C’est ainsi que les OAD (Outil d’Aide à la Décision) de l’agriculture de précision – champ d’application majeure de l’AI – sont fondés sur les capteurs de l’IoT (Internet des objets) qui renseignent non plus seulement sur les conditions de culture, mais désormais sur l’état de la plante elle même.

Sous serre, les enjeux se sont resserré depuis les années 2000 autour du contrôle des dispositifs complexes de CVC (Chauffage Ventilation Climatisation) et plus récemment de l’éclairage Led, qui libèrent les producteurs des contingences du climat local. A cet égard, j’écrivais dans un article paru en 2020 et republié sur Linkedin le 23 février dernier, que le dérèglement climatique fera le lit d’une agriculture hors sol et/ou hors ciel que la technologie rend possible.

Sur fond de glissement structurelde la valeur ajoutée de l’industrie vers les services, la plupart des prétendants aux Ag-tech tendent àse démarquer par l’intelligence digitalisée dans un algorithme qui délivre une prestationgénéralement administréeà partir d’une plateforme cloud accessible via un abonnement. Ce business model fondé sur le SAS (Software As a Service) est attractif au point qu’il attire même des outsiders tels que les fabricants de capteurs (Aranet, Weenat, 30Mz…), de serre (Kubo, Certhon…) ou de substrat artificiel (Grodan, Cultilène) qui cherchent à donner de la spécificité à leur offre de produit tout en générant un revenu récurrent.

Émergent dernièrement des SSII qui proposent un service indépendant de tout support matériel, généralement fondé sur l’AI et souvent délivré par le biais d’API (Application Programming Interface). Les algorithmes de Blue-Radix ou d’Ag-Source entre autres exemples, déterminent en temps réel à la place du chef de culture, les nombreuses consignes qui définissent les conditions de production sous serre aux niveaux racinaire et aérien. Ces OAD (Outil d’Aide à la Décision) portent la promesse ultime d’un chef de culture augmenté par la performance d’une AI qui surpasse les limites de sa capacité de raisonnement.

Je pense que les scénario qui se dessinent pour le secteur des Ag-tech sont les suivants :

  1. La pérennité des « pure players » de la première heure est assurée sous réserve qu’ils aient d’une part acquis une capacité de recherche suffisante et d’autre part, qu’ils aient atteint une taille d’entreprise proportionnée à l’étendue de leur marché cible qui doit être d’embléed’envergure mondiale dans la mesure où ce dernier est pour l’heure émergent et par conséquent étroit.

Ce club fermé rassemble une poignée d’ETI qui peuvent prétendre au statut de licorne à la condition de changer d’échelle (scale up) et de performer dans d’autres domaines que celui de la technique qui leur a permis d’émerger. Ces pionniers doivent notamment investir le champ du marketing et de la vente pour asseoir leur domination sur un marché de plus en plus concurrentiel. Pour conserver leur avance technologique tout en surmontant les nombreuses barrières à l’entrée du marché global, ils sont également au défi de conjuguer la croissance de leur effectif avec la fidélisation des collaborateurs expérimentés. Dans le secteur des semences potagères qui présente de nombreux points communs avec celui des Ag-tech, j’ai pu constater au passage, que les challenges à relever sont les même au nom du fait que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Les fournisseurs de technologie qui fabriquent eux mêmes le matériel qu’ils commercialisent, ont l’avantage sur leurs concurrents de maîtriser une bonne part de la chaîne de valeur. C’est d’autant plus vrai qu’ils bénéficient de coûts de revient compétitifs liés à un accès privilégié aux matières premières et/ou à un coût de la main d’œuvre attractif. Et ce d’autant plus qu’ils ciblent le marché mondial et à fortiori d’autres débouchés rémunérateurs tels que le marché de masse du B2C et/ou certaines industries capitalistiques.

  1. L’extension du domaine d’activité des industriels de l’agrofourniture vers les nouvelles technologies est en chemin. Après avoir absorbé le secteur des semences supposé porteur d’avenir en tant qu’acteur légitime des biotechnologies végétales, on peut imaginer que les multinationales de l’agrochimie – fortes d’une capacité d’investissement conséquente doublée d’une présence commerciale effective sur le marché agricole – investiront d’autant plus volontiers le domaine des Ag-tech qu’il est complémentaire de leur activité de base dans les intrants. De même que Monsanto avait jadis ouvert le bal en absorbant certains semenciers susceptibles de créer des variétés OGM résistantes à ses herbicides, les firmes de l’agrofourniture seront sans aucun doute tentées d’investir le champ du numérique qui est la clef de l’agriculture de précision destinée à un usage optimal de leurs semences, pesticides et autres fertilisants. Il semble d’ailleurs que les leaders que sont Bayer, Syngenta et BASF, sont sur le point de franchir le pas puisque chacune de ces multinationales affirme depuis peu ses ambitions en la matière tout en se structurant pour être en mesure de conduire des recherches dans ce nouveau Domaine d’Activité Stratégique.
  2. Bien qu’ils se heurtentpour l’instant à la spécificité d’un marché agricole sur lequel ils n’ont pas d’antériorité, je suppose que les GAFAMetpeut être certains industrielsde la régulation tels que Siemens ou Schneider, se diversifieront à leur tour vers les Ag-tech. Tout comme les acteurs de la finance, ces poids lourds des high tech se décideront probablement à investir dans la terre à partir du moment où ils jugeront le débouché agricole suffisamment profitable. On peut penser qu’ils procéderont par absorption des acteurs en place dont ils muscleront la R&D pour être en mesure d’exploiter le parc de clientèle existant au moyen du réseau de vente en place.

Le poids de la France étant insignifiant dans les secteurs précédents et notamment dans celui des high tech, on peut craindre que si rien ne change, des fournisseurs de technologie d’origine américaine, asiatique ou allemande raflent la mise et que notre filière agricole en soit réduite à verser des royalties sur les brevets que détiennent ces firmes ou à payer au prix fort l’accès à leurs solutions.

Dans le secteur des semences qui accuse un retard dans l’adoption des Ag-tech par rapport au maraîchage sous serre, je suppose que la digitalisation du métier de sélectionneur est en passe de faire sauter le verrou ultime de l’industrialisation. Affranchis de l’arbitraire humain qui ferait place au numérique avec l’avènement de l’A.I. comme outil de décryptage évident de la génétique et de la génomique, les semenciers seraient en capacité de s’industrialiser à leur tour.

Ceux qui ont été absorbés par une firme agrochimique et qui ont généralement une légère avance sur les indépendants en matière de technologie, seront alors en mesure d’intégrer son giron sur le plan fonctionnel. Car si la fusion des semences et de l’industrie phytosanitaire est consommée au niveau capitalistique, elle a jusqu’ici rarement dépassé ce stade au point que la plupart des groupes concernés ont pris soin de préserver l’indépendance des entités dédiées à chacune de ces deux activités très différentes. Je suppose que c’est cette autonomie – indispensable pour faire face à la complexité du métier de semencier – qui explique la réussite des indépendants tels que Gautier semences ou les nombreuses filiales du groupe Limagrain. A l’inverse, ceux qui ont fait le pari de l’unification en ont payé le prix fort.

Si le scénario d’une dépendance du secteur dessemences aux high-techse confirme, la suprématie française dans ce dernier bastion de l’agrofournitureserait menacée puisque les leaders du numérique ont toutes les chances d’être étrangers. Ce serait d’autant plus regrettable que les semenciers étant sur les deux fronts majeurs de l’innovation que sont les biotech et les Ag-tech, ils sont sans aucun doute appelés à capter une part croissante de la valeur ajoutée de l’agriculture. C’est ce que tend à démontrer depuis les années 2000 l’augmentation continue de leurs prix de vente – en sens inverse de ceux des spécialités agrochimiques – ou plus récemment, le doublement de celui des graines de tomate résistantes au dernier virus en date dit ToBRFV. En d’autres termes, on peut craindre une confiscation des profits prometteurs des semenciers français par des fournisseurs de technologie étrangers qui pourraient devenir incontournables.

Si le tableau peut paraître sombre, la dynamique initiée en ce début d’année par les maraîchers sous serre qui sont en première ligne sur le terrain des Ag-tech, laisse augurer d’une capacité d’adaptation de l’agriculture française qui s’est déjàvérifiée par le passé. Dans le dernier article de cette série, je proposerai des pistes d’action qui peuvent permettre aux exploitants ainsi qu’à leurs fournisseurs de rester dans la course. Elles s’appuient surcertains avantages comparatifs qui pourraient s’avérer décisifs dans le secteur stratégique des Ag-tech notamment.

(1) Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires, Insee, 27/02/2024.

(2) Agriculture française : une puissance mondiale qui décline, www.vie-publique.fr, 10 octobre 2022.

(3) Dispositif réglementaire destiné à équilibrer les relations commerciales et notamment à défendre le revenu des producteurs, www.agriculture.gouv.fr/egalim1.

(4) Auchan va cultiver ses produits autour de ses magasins. Le Figaro, Arthur Marcadé, 3/10/2018.

(4) Auchan va déployer des fermes urbaines. Les Echos, Lucas Mediavilla, 02/10/2018.

(4) Les firmes industrielles à l’assaut des fermes françaises. 20 Minutes, Fabrice Pouliquen, 20/02/2023.

(5) Les résultats économiques des exploitations agricoles en 2021, Données du réseau d’Information comptable Agricole.

Trail-addict

Keen on outdoor activities that I am lucky enough to practice in the Alps, I opened a section in this blog dedicated to trail running, which I indulge in as a dilettante, far from popular races. As the section dedicazte to climate change and its consequences on living things, it offers unique content in the sense that it is made up of experiences and original ideas which I hope will inspire runners who will hopefully share comments.

Contents

  • My motives for trail running
  • Trailer equipment
    • Shoes
    • Running sticks
    • Clothes
    • Small equipment
    • Carrying and drinking system
  • Before and after the trail
  • The dilettante trailer technique
    • Support on the front of the foot is the basis of an effective technique…
    • …but not only…
    • To each their own pace
    • Become a quadruped
    • The rolling terrain step
    • The false flat step
    • The steep climb step
    • The steep downhill step
  • For harmonious management of the trajectory
  • Some additional advice

My motives for trail running

Over the years, trail running has become one of my favorite hobbies because contact with nature is at the heart of my needs, for the reasons explained in the Collebert section.

This activity enables to cover large distances on the least passable terrain which often turns out to be the wildest, and thus to discover new horizons beyond the beaten paths.

In the Alps where we rarely come up against the property limits which mutilate most of our anthropized spaces, our mobility and our imagination are both boundless. Thanks to the vertical dimension which makes our playground unique, I notice we have the privilege of living there in 3D.

The furtiveness of an activity practiced at a run pace offers the advantage of freeing up time for family life which too often competes with my passions.

Unlike the expanding mass of trail runners who are driven by competition, I practice trail running alone because I do prefer to compete against myself. Far from the crowd, I stay away from the increasing popular races.

This is how I am free to decide the time and place of my trails, which allows me to escape the dictatorship of time and place that everyone else suffers during their professional life where they depend on an agenda decded by others. Furthermore, I have the privilege of avoiding bad weather that a organization by others would impose on me.

I like the material sobriety of this democratic sport par excellence, since it is accessible to everyone regardless of gender, constitution or age. And this regardless of one’s income since trail running, which requires nothing else than a pair of shoes, relies only on the body and the mental.

On this last point, I noticed that running helps dissipate negative emotions by re-establishing fertile thinking which encourages the emergence of new ideas. This allows me to resolve a number of tricky situations and find out a positive outcome to most of those which appear to me to be dead end. I don’t know the reasonwhy of this providential process, but I know that relaxing virtues of running are correlated with the secretion of endomorphins which gives an addictive character to this activity to which we quickly become unwilling slaves.

Besides the previous motives, I am undoubtedly driven by unconscious animal impulses which come from our singular biological past marked by the pursuit over very great distances of prey which ensured our subsistence. In the light of recent discoveries, Chis Mc Dougal (Born to Run, Ed. Paulsen, 2022) explains how human species has specialized in hunting to exhaustion which has given an access to the meat necessary for growth of his brain. This adaptation dates from the intermediate period between when man became biped two million years ago and when he invented the spear two hundred thousand years ago. Among other predispositions, Homo Sapiens is advantaged by its hairless body able to sweat to cool itself, while its prey, handicapped by their hairy fleece, inevitably succumb to hyperthermia after long chase. By its extraordinary endurance in the animal kingdom, Homo Sapiens would have supplanted its close relative Neanderthal who was penalized by his strong hair coupled with a bulky corpulence. From there, modern man would have won the competition for protein food at a time when large mammals were becoming less and les common as the great glaciations arise. Runners by nature, we inherit the well-being that trail running provides, from this singular background which makes our species the champion of ultra-long-distance run.

Educated by this new knowledge, I was about to reconsider my reluctance to practice ultra-trail running which I wrongly suspected of being against nature and therefore harmful to the body. This was without taking in account a recent article which effectively validates this hypothesis for the particular case of extreme ultra-trails (Les springs de la performance en ultra-endurance, Le Monde, October 24, 2023). Beyond the 100 mile threshold, its authors (Nicolas Berger, Guillaume Millet, etc.) report a series of specific problems such as alterations of the locomotor and respiratory muscles, digestive disorders, renal complications and hypothermia. From there, they assume the distances traveled by our ancestors during exhaustion hunts were quite different from these extraordinary ordeals. I therefore décided to limit myself to distances below the critical threshold of 100 km, knowing that under this condition, lot of sources confirm undoubtely the benefits of running for the body and the mind. This is terefore a reason why hygienist motivations play a role in my passion for trail running.

To close the chapter of those which underlie my practice, I would mention one of the unsuspected aspect of this sport which consists in the pleasure of the gesture which I continue to develop over time. Focused on my postures and sensations, I discover by applying some principles that I had assimilated in hiking, nordic ski, rock climbing or mountain biking for example, there are many differenst ways to use your body to progress on trails. Because running potentially mobilizes all the muscles and joints in ways that vary depending on the context and the person, it is one of the most complex sports is and paradoxically the most banal. Today I get as much enjoyment from it as young children who experience the incredible mobility it provides, before being bored with it when they grow up.

When reading the excellent book of Chris Mac Dougal quoted above, the author mentions the quest of an eminent trail running theorist – Joe Vigil – who strived to unlock the secret of the success of the best. After eliminating all objective physical performance factors such as morphology, training or technique, he came to the counterintuitive conclusion that it is the psychological factors that make the difference, to the advantage of the female sex which performs well in ultra competitions. This point of view also differs from the theory of researchers who raise other hypothesis in the paper Le Monde, like nutrition or the quality of muscle fibers.

According to Joe Vigil, if pleasure and motivation are the keys to the success of trailers, I am glad to find in my practice as many motivations as those listed above. Needless to say that my modest level of performance is far below the one of most performers who take part to the increasingly less confidential world circuit of ultra competitions with, on the Mont Blanc tour for example, more than 4,000 candidates each year for 160 km and 10,000 m of elevation gain!

Trailer equipment