Après avoir finalement admis que l’été caniculaire de cette année était lié au changement climatique, les spécialistes du GIEC affirment avec un optimisme béat que ce type d’évènement n’a qu’une chance de survenir tous les vingt ans. Alors qu’ils n’avaient pas vu venir il y a un an seulement les manifestations extrêmes du climat qui ont frappé et continuent de frapper cette année de nombreux pays, leur aplomb ne manque pas de surprendre un observateur attentif au fait que les accès de chaleur sont de plus en plus fréquents depuis l’ouverture de ce blog. Ne doutant de rien, les mêmes experts déclarent dans la foulée qu’ils avaient sous-évalué le réchauffement qu’ils estiment dorénavant de 3,4°C à l’horizon 2100, c’est-à-dire dans 70 ans. A cette échéance relativement lointaine pour l’homme, la précision à une décimale près du pronostic est pour le moins inattendue. Depuis des années, ces prétendus sachant ne cessent de réviser à la hausse leur estimation en matière de réchauffement tandis que la fréquence accrue du nombre d’anomalies météorologiques les prend toujours davantage au dépourvu. En d’autres termes, l’actualité nous rappelle au quotidien que la réalité du changement climatique et à fortiori du dérèglement, échappe aux experts. Ce fait est régulièrement rappelé dans ces pages où j’émets d’ailleurs des hypothèses sur les causes de leur aveuglement (cf. article du 17 janvier 2021).
Pourtant, les média tout comme les politiques continuent de leur accorder du crédit, probablement parce que la science est supposée toute puissante et que l’homme soit disant moderne ne peut plus accepter l’idée qu’un phénomène naturel lui échappe. On peut également penser que nos gouvernants – d’autant plus convaincus du pouvoir de l’homme sur la nature qu’ils sont dépourvus de culture scientifique – nient l’évidence pour ne pas remettre en question le dogme de la croissance économique sur lequel repose le bonheur des électeurs pendant la durée de leur mandat. Car pour ces derniers, la perspective de revenir sur les acquis et les promesses du progrès technique en termes de confort matériel, serait douloureuse et en outre délicate sur le plan pratique dans un contexte où la sécurité de l’emploi de chacun d’entre nous dépend de cette croissance. Aux freins précédents s’ajoute le fait qu’une posture scientiste complaisante présente l’avantage de conjurer l’absence de visibilité sur l’avenir et ainsi de ne pas inquiéter les peuples. Car l’adhésion de ces derniers au discours rassurant des scientifiques retarde l’échéance à laquelle il leur faudra affronter l’idée d’une remise en cause de leur existence et partant de là, du sens de leurs actes.

Je pense personnellement que l’absence de prédiction vaut mieux qu’une prédiction fausse étant donné son impact sur nos décisions en matière d’adaptation et partant de là, sur notre destin. Le risque de ne pas prendre la pleine mesure du phénomène est bien sûr de reporter à plus tard les décisions qui s’imposent. Je pense que c’est au nom du principe de précaution – qui prime pourtant dans nombre de domaines tels que la sécurité routière ou l’alimentation – qu’il nous faut agir sans attendre. Autrement dit, les politiques devraient passer outre les incantations rassurantes du GIEC pour nous préparer au pire scénario. S’il ne se vérifiait pas, les mesure radicales qu’ils seraient amenés à prendre ne seraient en aucun cas préjudiciables à notre sort alors que dans le cas contraire, le fait de tenir compte d’hypothèses erronées serait fatal pour une humanité prise au piège d’un obscurantisme de bon ton.
Notre lucidité dépend d’abord de notre capacité à accepter la réalité du changement climatique et l’un des objectifs visés par ce blog est justement de sensibiliser ses lecteurs à ce méta-phénomène. Après 3 ans d’existence, il a suscité jusqu’à ce jour de novembre 2022, l’intérêt de 500 visiteurs dont la fréquentation reste constante au fil des années. Ce résultat somme toute modeste est obtenu en l’absence de toute démarche de référencement ou promotion, à l’exclusion de 3 e-mailings destinés à un ensemble de personnalités qui s’expriment dans les média sur le thème du climat et ses liens avec l’alimentation (cf. 17 janvier 2021). Alors que j’attendais d’abord de mes lecteurs qu’ils déposent des commentaires pour contredire les raisonnements exposés dans les différents articles, aucun d’entre eux ne s’est manifesté. Par conséquent, j’ignore quelle est la portée de ce blog et j’espère au minimum qu’il alimente leur réflexion. J’en ai parfois la confirmation au travers du discours relayé par les média, de certaines personnalités telles que Jean Marc Jancovici par exemple, qui reprenait à son compte certaines hypothèses soulevées dans ces pages lorsqu’il s’emparait récemment du sujet alimentaire. Je constate d’autre part que la communauté des agronomes spécialisés sur le changement climatique – à qui j’avais fait part de l’existence de ce blog – cesse progressivement d’invoquer le phénomène du réchauffement climatique pour mettre en avant celui du dérèglement. Si je n’ai pas le prétention d’ avoir infléchi leur discours, ce glissement sémantique semble démontrer que les lignes bougent avec l’espoir que les politiques s’emparent enfin de la cause.
