D’aucuns prédisent la fin de l’industrie des sports d’hiver du fait d’un manque d’enneigement. A Grenoble, j’assistais hier à une conférence du journaliste Guillaume Desmurs qui défend cette idée sur la scène médiatique. Je partageais son point de vue dans mon précédent article qui portait sur les conséquences du changement climatique pour les différents secteurs de notre économie. Mais à la réflexion, je crains qu’un autre scénario ne se dessine et qu’à l’instar de l’agriculture que je pense être au bord d’une seconde révolution agricole portée par le numérique et les biotechnologies, l’économie du ski soit pour sa part à la veille d’un nouveau plan blanc.
Au fil de l’actualité, j’ai relevé ces mois derniers deux hypothèses émises par le GIEC. Frappées au coin du bon sens, elles postulent que les précipitations augmentent du fait de l’évaporation croissante liée au réchauffement des masses d’eau, tandis que celui de l’atmosphère provoque le relèvement de la limite pluie/neige. Ces deux manifestations concomitantes du changement climatique devraient en toute logique, entraîner une augmentation de l’enneigement en haute montagne. Du moins pour quelques années dans la mesure où à long terme, la pluie se substituera inéluctablement à la neige quelle que soit l’altitude.
Ce phénomène semble attesté par le journal le Monde qui fait état ce 11 février 2024, d’une couverture neigeuse réduite à la portion congrue dans les Alpes et les Pyrénées, en soulignant toutefois un cumul neigeux épais en haute altitude. Guillaume Desmurs fait d’ailleurs remarquer que les recettes des stations de la Tarentaise ont atteint des records en janvier, alors que les occasion de pratiquer le ski de fond sont de plus en plus rares dans le Vercors, au point de remettre en cause cette discipline réservée à la moyenne montagne. A mon niveau, je constate depuis les années Covid, que c’est toujours plus haut que je dois chausser les ski de randonnée et que l’enneigement y est de plus en plus abondant.
Tous ces faits semblent confirmer que la tendance annoncée du manque de neige en moyenne montagne n’exclue pas son abondance en haute altitude, comme le laissent supposer ensembles les deux hypothèses soulevées par le GIEC. Pourtant, les experts se gardent de tirer cette conclusion pourtant logique et d’aucuns se prononcent à l’unanimité sur une baisse structurelle et totale de l’enneigement. Pour l’heure, l’abondance de neige au dessus d’un seuil situé autour de 2500m, est donc traitée comme un simple fait divers par les média.
La question est loin d’être un détail car si ce n’était pas le cas, cela signifie que les domaines skiables établis au delà de cette limite seraient potentiellement promis à un avenir radieux, tandis que les stations de moyenne montagne rendent l’âme les unes après les autres. Partant de là, ce n’est pas la fin de l’industrie du ski que je redoute, mais sa délocalisation dans un nombre limité de stations principalement situées dans les alpes du nord et donc en France, en Savoie et en Haute Savoie. L’expansion de leurs domaines skiables aurait lieu au prix d’une emprise croissante sur les espaces sauvages.
Avec la prolifération d’un gotha planétaire toujours plus riche et nomade à l’échelle du village global – car il n’aura pas échappé à un observateur attentif qu’une clientèle cosmopolite de skieurs se substitue insidieusement à celle des baby-boomers français – les conditions me semblent réunies pour que ce scénario catastrophe se vérifie. Il va de pair avec l’édification d’infrastructures routières et résidentielles que les élus appellent de leurs vœux. En témoignent aujourd’hui les signaux faibles d’une augmentation vertigineuse du coût du m² habitable dans les stations, alors même qu’elles se vident de leurs habitants d’après Guillaume Desmurs qui souligne le paradoxe d’un fort dynamisme de l’immobilier haut de gamme. Compte tenu de la puissance de feu du secteur du BTP, je redoute les effets dévastateurs d’un nouveau plan blanc opportuniste qui reposerait sur l’aubaine passagère d’une abondance de neige en haute altitude. L’emballement actuel de l’industrie des croisières avec la mise à l’eau récente du paquebot le plus grand et le plus luxueux de tous les temps, prouve qu’une relance des sports d’hiver ciblés sur la même clientèle est loin d’être improbable.
Dans la mesure où elle est prête à répondre à l’offre de loisir qui a toutes les chances de se vérifier en haute montagne pour peu que l’enneigement soit au rendez vous dans les prochaines années, laisser libre cours à la loi du libre échange serait catastrophique . Espérons qu’au nom des générations futures, le régulateur s’empare de cette cause d’intérêt général pour s’opposer à ces « éléphants blancs » grotesques qui provoqueront à n’en pas douter, une levée de bouclier de la part de la société civile.
Je suppose qu’un surcroît d’enneigement en altitude pendant que nous assistons au retrait des glaciers, se traduirait logiquement par un écoulement plus abondant des eaux de surface vers les fleuves sur la période printanière, au détriment de la saison estivale. Pour palier la pénurie à cette période critique de l’année, le bon sens plaide pour le stockage de l’eau de fonte. Aussi suis-je favorable aux lacs, retenues caulinaires et autres méga-bassines qui défrayent actuellement la chronique. Sur ce sujet, une réaction pragmatique et moins dogmatique de la société civile serait peut être bienvenue.

Noyée dans le flot médiatique qui nous submerge toujours davantage au mépris de toute hiérarchie de l’information, une autre bombe est lâchée le 1er février 2024 par le journal le Monde. Ce dernier nous apprend que l’augmentation de la température de surface des océans mesurée l’an dernier sidère les climatologues de nouveau pris au dépourvu.
La déflagration est extraordinaire parce que le bon sens commun conduit à penser que ce phénomène aura un impact direct et brutal sur le réchauffement de l’atmosphère à très court terme étant donné l’étendue de la surface d’échange entre cette dernière et les eaux libres qui recouvrent les 3/4 de la planète. Pourtant, les experts se gardent bien d’aller jusqu’à cette conséquence évidente mais se bornent à évoquer les effets indirects que sont l’accélération de la fonte de la cryosphère ou la baisse des capacités d’absorption du CO2 par les eaux libres.
La nouvelle est également stupéfiante car elle nous confirme une fois de plus que les experts du GIEC sont dépassés par leur sujet d’étude pour des raisons évoquées par ailleurs dans ce blog. Comment se fait il que la communauté humaine – représentée par les politiques – continue de leur prêter aveuglément une autorité de compétence qu’ils monopolisent au titre de guichet unique sur la question climatique ? Leurs incantations n’ayant aucun poids sur les comportements délétères d’une humanité qui semble faire le choix délibéré de l’obscurantisme, peut être auraient-ils des chances de faire bouger les lignes en reconnaissant que ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne savent rien. Je répète qu’en adoptant la posture désarmante du « silent quitting », peut être les climatologues se donnerait-ils les moyens de servir l’intérêt général du vivant au lieu d’attendre que les catastrophes annoncées provoquent enfin les changements de comportement souhaitables. A l’ère de la connaissance dopée par le numérique qui nous donne la mesure de toute chose, je me prends à espérer que l’humanité soit prise d’un vertige si elle était confrontée à son ignorance sur la principale menace qui pèse sur sa destinée. Le socle rassurant de repères chiffrés se dérobant sous les pieds des politiques, ils seraient en demeure d’agir peut être enfin, au nom du principe de précaution.
