Depuis l’ouverture de ce blog il y a quatre ans, les manifestations du changement climatique font enfin bouger les lignes, ainsi qu’en témoigne le discours des prétendus sachants qui ne cesse d’évoluer au gré des phénomènes météo qui infirment chaque jour davantage leurs hypothèses antérieures. Ainsi, face au risque d’être discrédité par l’actualité, le GIEC se décide enfin à envisager le changement climatique sous l’angle du dérèglement et de ses conséquences dans son dernier rapport, alors que l’augmentation de la température moyenne globale était jusqu’ici l’alpha et l’oméga de son discours.
Il n’est plus un jour sans que la presse ne se fasse l’écho de la gravité du phénomène, avec par exemple sur cette semaine le record de la température moyenne mondiale en ce début du mois de juin, la disparition annoncée des glaciers de l’Himalaya d’ici 2100, le réchauffement accéléré et inédit de la surface des océans ou encore le constat alarmant d’une augmentation de la température de 2,3°C en Europe depuis l’ère préindustrielle.
L’an dernier en France, nous étions saisis par la sècheresse sans précédent – sur fond de nouveau record de la température moyenne mondiale annuelle – qui nous confrontait aux conséquences tangibles du changement climatique et non plus seulement à l’idée de ce phénomène. Cet hiver, le déséquilibre se confirme toujours davantage avec un déficit hydrique qui se traduit dans les Pyrénées Orientales, en Espagne ou au Canada, par l’impuissance agricole et une nouvelle recrudescence des feux de forêt. A la fin du printemps, je notais que la surface incendiée en Espagne sur le premier trimestre était équivalente à celle en France sur toute l’année passée tandis qu’au Canada, elle était dix fois supérieure. En juin, je note que cette dernière a été multipliée par 15. Le ministre actuel de l’environnement Christophe Béchu admet que les 2/3 de nos nappes phréatiques sont en deçà de leur niveau normal.
Il y a quelques semaines, ce représentant de l’état allait jusqu’à contredire les incantations jusqu’ici rassurantes et irresponsables du GIEC qui n’a plus d’autre choix face aux réalités précédentes, que celui d’un changement de discours. Cette instance – incarnée par Valérie Masson-Delmotte – se prononce désormais sur une augmentation de la température globale à la fin du siècle qui serait non plus 1,5°C mais de 3,4°C. D’autre part, Valérie Masson-Delmotte déclare que le GIEC avait sous-estimé de moitié la quantité de CO2 atmosphérique nécessaire à un réchauffement de 1,5°C – rien que ça !
Comment est-il encore possible d’accorder du crédit à ces scientifiques qui ont la candeur d’émettre sans cesse de nouvelles prévisions qui démentent les précédentes. J’aimerais qu’ils aient l’humilité de reconnaitre que ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne savent rien. Partant de là, les politiques se devraient d’agir au nom du principe de précaution au lieu de prendre pour argent comptant le discours de ces prétendus experts manifestement dépassés par la complexité du changement climatique. Au titre de porte parole de la cause climatique, le GIEC devrait se limiter à alerter la société civile sur la gravité du phénomène au lieu de se hasarder à des pronostics hasardeux.

Alarmistes, les professionnels de la montagne tout comme le monde agricole et le secteur de l’énergie dans une moindre mesure, s’emparent subitement de la cause du déficit hydrique qui menace aujourd’hui leurs activités respectives.
Au vu du manque de neige de cet hiver dans les Alpes, il est clair pour les premiers que le plan blanc lancé dans les années 60, bute manifestement sur le mur du changement climatique. Le raccourcissement de la saison de ski sonne à très court terme le glas de l’économie des sports d’hiver qui aura permis pour un temps, de repeupler nos montagnes disqualifiées par l’agriculture productiviste avant d’être affectées par la désindustrialisation. Ce pan de l’économie des loisirs est sommé de se réinventer au moment où il fait face à une plage réduite d’utilisation de ses infrastructures qui va de pair avec la difficulté à mobiliser le volant de main d’œuvre requis au moment adéquat.
La menace du manque d’eau plane également sur notre agriculture dont certaines productions sont remises en cause par un régime des précipitations de plus en plus erratique. Observateur averti de ce secteur dont je suis partie prenante, je m’attends depuis des années à l’augmentation du coût de revient des denrées alimentaires et au-delà, aux pénuries qui menacent certaines productions avec dans un nombre croissant de pays, le retour de l’insécurité alimentaire et en Afrique dernièrement, de la famine. Dans le domaine du végétal, les media se font l’écho depuis le début de l’année, de l’inquiétude des scientifiques qui prennent enfin la mesure de la menace qui pèse sur le devenir des forêts.
Enfin, l’affaiblissement du débit des eaux de surface affecte désormais la production d’énergie hydroélectrique tandis qu’en aval des cours d’eau, la baisse de l’étiage de nos fleuves ne permet plus de refroidir nos centrales nucléaires.
Gageons qu’avec le déficit d’alimentation des eaux souterraines qui se creuse toujours davantage sous l’effet d’une première sécheresse hivernale qui faisait suite à celle de l’été dernier, le secteur de l’approvisionnement en eau potable sera impacté sans tarder par le changement climatique.
Pour l’instant, c’est le régime des précipitations qui fait les frais du dérèglement mais les températures extrêmes sont relativement rares en France où il est encore possible de sentir épargné par le changement climatique. Cela semble logique car les températures sont sous l’influence d’une part des variations du rayonnement dicté par la position immuable de la terre par rapport au soleil et d’autre part, d’un équilibre désormais perturbé entre des masses considérables d’énergie – caractérisées par leur grande inertie – qui sont réparties à la surface de l’écorce terrestre. Au contraire du régime des températures, les précipitations qui en dépendent également, sont principalement influencées par des facteurs locaux que sont le relief, la végétation ou la proximité des masses d’eau. Partant de là, le régime hydrique est le premier des paramètres climatiques à pâtir du changement climatique.

En dépit de ce qui précède, l’humanité reste animée majoritairement par des comportements délétères encouragés par le capitalisme et la financiarisation, tandis qu’une opposition devient audible dans la cacophonie ambiante qui s’est emparée de l’espace médiatique.
Au sortir des années covid, le monde d’hier bat de nouveau son plein, ainsi qu’en témoigne la reprise effrénée du transport aérien et de l’hostellerie dont les prix erratiques n’ont plus aucun rapport avec leur coût réel. Nous assistons peut être aux derniers soubresauts du monde d’hier avec par exemple, la construction à la hâte des dernières piscines dont le marché est pour l’heure dopé par leur interdiction annoncée. Certains lobbies industriels profitent de la panique générale ambiante – avec la complicité des politiques qui libèrent des subventions sans discernement – pour édifier des éléphants blancs. Alors que la loi Zéro Artificialisation Nette vient d’être promulguée, la bétonisation du territoire va bon train, dans une sorte de frénésie alimentée par les cimentiers qui s’enrichissent sans vergogne sur le marché financier des permis d’émission de CO2, devenu très lucratif par une étrange ironie du sort.
Sur le front du combat pour l’environnement, la violence s’invite désormais dans des luttes contestataires où l’opinion publique se heurte à des régimes autoritaires dans le monde entier et même en France, comme à Sainte Soline. Notre gouvernement vient de dissoudre le mouvement des « Amis de la Terre » après avoir promulgué un moratoire sur les mesures qui entraveraient la croissance économique au nom de la défense de l’environnement. Les opposants à la ligne ferroviaire Lyon Turin s’opposent à un maître d’ouvrage qui justifie la poursuite de son projet sous prétexte que les travaux ont déjà été entamés, tout comme son homologue en charge de l’édification de l’A69 qui devrait relier Castre à Toulouse.
A l’évidence, l’année 2023 semble être celle d’une prise de conscience générale qui marquera sans doute un tournant. Espérons que la reconnaissance de la gravité du phénomène sera suivie d’une adaptation proportionnée à son ampleur.
