L’actualité valide toujours davantage les hypothèses soulevées dans ce blog depuis sa naissance tandis qu’affectée par une fièvre de consommation irrépressible, l’humanité reste dans le déni sur fond de retour aux espaces naturels sur lesquels elle exerce une pression difficilement soutenable.

The news still confirms the ideas raised in this blog since its birth whereas mankind, sick with an irrepressible consumer fever, remains in denial while coming back into the wild by exerting non sustainable pressure on it.

Contre toute attente, je constate que l’accélération fulgurante du changement climatique et ses conséquences confirme un nombre croissant d’hypothèses soulevées dans ce blog depuis sa naissance il y a seulement trois ans. L’hiver précoce marqué par des températures relativement basses sur une période prolongée, fut contrebalancé par un été torride qui s’avère être l’un des plus chauds de l’histoire. Au vu de ces trois dernières années, je reste saisi par le rythme du changement climatique qui s’inscrit dans le temps extrêmement court de l’anthropocène.

Les deux millénaires d’histoire de l’homme et à fortiori les deux siècles d’ère industrielle qui couvrent la période durant laquelle se sont exercées les causes à l’origine du changement climatique, sont éphémères à l’aune des temps géologiques. Mais ce qui est pour le moins sidérant, c’est l’échelle de temps sur laquelle se manifestent aujourd’hui les conséquences du phénomène.

L’accélération est vertigineuse au point que le changement climatique est désormais perceptible sur un pas de temps inférieur à celui d’une génération. L’observateur âgé de plus de cinquante ans que je suis, est frappé par la fréquence toujours accrue du nombre d’évènements météorologiques aberrants et notamment le fait que les médias se font de plus en plus souvent l’écho de nouveaux records absolus de température partout sur la planête. C’est à l’aune de la dernière décennie que l’accélération est tangible pour ceux qui sont à l’écoute de l’actualité et qui veulent bien prêter attention aux transformations brutales de leur environnement. Parce que je suis d’une part domicilié dans les Alpes où le phénomène est deux fois plus marqué qu’ailleurs (avec par exemple la quasi disparition des petits glaciers du massif de Belledonne et la raréfaction des épisodes hivernaux propices à l’onglée dans le Vercors sur la dernière décennie) et d’autre part passionné par la nature et les activités de plein air, j’ai « mal à ma planète » au point d’être atteint d’éco-anxiété aigüe et de me reconnaitre malgré moi dans la définition du collapsologue, nonobstant ma nature positive et optimiste.

Affectée par le syndrome de la grenouille qu’Al gore évoquait lors de ses conférences sur le changement climatique, l’humanité semble manifestement s’accommoder du phénomène et n’en finit pas de marcher toujours davantage sur la tête.

A l’heure où le déclin rassurant de la population mondiale semble se profiler, la fièvre du SUV et du camping-car s’empare du monde développé tandis que l’attrait des pays dits avancés pour la moto n’a jamais été aussi vif pour notre société individualiste gagnée par une fièvre de consommation irrépressible. D’autre part, le modèle d’aménagement du territoire à l’américaine se généralise avec de jeunes ménages qui s’éloignent des centre-ville pour s’installer dans des pavillons dotés de jardin avec piscine attenante autant que faire se peut, au prix d’un recours inévitable aux transports motorisés et d’une emprise au sol accrue. Par ailleurs, le marché des appartements explose dans cités de plus en plus vastes où on n’en finit pas de raser les maisons individuelles pour édifier des immeubles collectifs. La dynamique de stérilisation des espaces naturels ne s’est jamais aussi bien portée, ainsi qu’en témoigne l’expansion des autoroutes, centres commerciaux et autres bâtiments d’entreprise en tôle, qui s’étendent à mesure qu’on déserte les anciennes friches commerciales et industrielles en déshérence.

Dans le même temps, le signal positif d’un retour en masse vers les espaces naturels depuis le Covid, pose le problème d’une hyper-fréquentation de nos montagnes.

Cette dérive laisse de moins en moins de place à la faune sauvage dont l’accès à l’eau est menacé par l’explosion du nombre de campeurs qui fréquentent désormais les lacs d’altitude pour échapper aux villes surchauffées. Encouragés par le covoiturage et pire, par le succès grandissant du VTT à assistance électrique, les urbains de tout poil sont de plus en plus nombreux à se laisser porter vers ces destinations autrefois réservées aux marcheurs aguerris, entrainés et déterminés. Comme en ville où le développement des vélos et trottinettes motorisées est manifestement hors de contrôle, je constate qu’au lieu de se substituer aux mode de transports CO2-émissifs, les 2-roues électriques sont devenus pour la plupart de leurs usagers, une alternative aux transports en commun et à la bicyclette, quand ils ne les incitent pas à se déplacer davantage. Par ailleurs, le retour à la nature s’exprime au travers d’une expansion de la communauté des chasseurs que rejoint une frange de nouveaux pratiquant plus jeunes, convertis par la baisse récente du coût du permis.

A terme, je doute qu’en demeure de décarboner nos rêves, nous n’ayons d’autre alternative que celle de réguler le nombre de visiteurs qui auront accès aux espaces naturels.


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